Pécresse évite-t-elle les étudiants?

Sandrine Cochard

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Le syndicat étudiant Unef, qui souhaite des "modifications" de la loi et des "moyens" pour l'accompagner, continue d'appeler à une "amplification" de la contestation. Une rencontre avec Valérie Pécresse jeudi n'a "pas du tout été concluante" au regard de ses attentes.
Le syndicat étudiant Unef, qui souhaite des "modifications" de la loi et des "moyens" pour l'accompagner, continue d'appeler à une "amplification" de la contestation. Une rencontre avec Valérie Pécresse jeudi n'a "pas du tout été concluante" au regard de ses attentes. — patrick kovarik AFP

Le dialogue entre Valérie Pécresse et les étudiants est-il rompu? Depuis quelques jours, la ministre de l’Enseignement supérieur a préféré opter pour l’échange par presse interposée alors que le mouvement de contestation contre sa réforme de l’université prend de l’ampleur.

Déception de la dernière rencontre

La dernière rencontre entre Valérie Pécresse et les étudiants remonte au 15 novembre. Elle avait convié au ministère les cinq organisations étudiantes représentatives (l'Unef, la Fage, l'Uni, la Cé et PDE) mais n’avait pas jugé bon d’inviter les représentants du Collectif étudiant contre l'autonomie des universités (Cecau, minoritaire), à l'origine du mouvement, et ceux de la coordination nationale.

De cette réunion, les syndicats étudiants avaient tiré un bilan mitigé. Parmi les déçus, l’Unef qui appelait le 19 novembre à de «vraies discussions». Elles prendront la forme d’un dialogue à distance, via la presse.

Tribune dans «Libé»

Deux jours plus tard, mercredi 21 novembre, Valérie Pécresse signe une tribune remarquée dans le journal «Libération», intitulée «Aux étudiants, je veux dire…». Elle y affirme «compter sur» eux «pour changer le visage de l'université», assurant qu'elle ne voulait pas «s'arrêter avant» d'avoir fait de sa réforme «une réalité». Une fermeté condamnée sur la forme et sur le fond par les syndicats étudiants. «Aux étudiants qui demandent "du pain", on ne peut répondre "mangez de la brioche"», rétorque l'Unef.

La veille, elle a fait savoir qu’elle ne viendra pas au Salon de l’étudiant, qui s’ouvre le jeudi 22 novembre et où elle est attendue le vendredi matin. Une première pour un ministre. Un conflit d’emploi du temps est invoqué: Valérie Pécresse doit se rendre à Bruxelles, au même moment, pour un «conseil compétitivité» qui réunit tous les ministres européens de la Recherche. Une annulation de dernière minute qui ne l’empêche pas de participer en direct à l’émission «Ce soir ou jamais», jeudi soir, consacrée à l’université. Avec sur le plateau des chercheurs mais aucun étudiant.

La Ligue de l'Enseignement, à l’origine de l’invitation de la ministre au Salon, indique qu’elle regrette que Valérie Pécresse ne saisisse pas cette occasion de «rétablir le dialogue dans un cadre professionnel et dépassionné». Elle confirme également son intention de laisser une chaise vide pour «signifier cette absence».

Retour à la normale?


Jeudi, le président de l’Unef, Bruno Julliard, juge néanmoins «un retour à la normale envisageable» dans les facs, à une condition: que Valérie Pécresse ouvre des «négociations dans les plus brefs délais» et surtout apporte des «réponses satisfaisantes» aux étudiants.

La ministre se dit alors, sur Le Parisien.fr, «prête à faire des avancées» mais seulement sur les dossiers de la «réussite en licence» (lutte contre l'échec, en première année notamment) et du logement, ouverts il y a des mois. Vendredi, elle «tend la main aux étudiants», selon la une du Parisien. Valérie Pécresse a en effet rencontré sept étudiants et un lycéen… dans les locaux du quotidien. Comme si le seul lieu de dialogue possible entre la ministre et les étudiants était les médias.