Pour les SDF, ça va mieux ou presque

Laure de Charette

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De l'écologie à l'ENA en passant par les parrainages, l'euro et l'identité nationale, la campagne a vu se succéder les débats les plus divers, entre interrogations politiques et préoccupations sectorielles.
De l'écologie à l'ENA en passant par les parrainages, l'euro et l'identité nationale, la campagne a vu se succéder les débats les plus divers, entre interrogations politiques et préoccupations sectorielles. — Martin Bureau AFP/Archives

Des progrès, mais pas assez. Un an après le coup de poing médiatique asséné par les Enfants de Don Quichotte le long du canal Saint-Martin à Paris, 60 % des sans-abri estiment que leur prise en charge n'a pas changé ou s'est aggravée. C'est ce qu'a révélé hier Emmaüs, via une étude nationale menée par BVA. Deux SDF sur trois déclarent même avoir encore du mal à trouver un hébergement pour une nuit. Pourtant, l'époque où ils étaient remis à la rue à 8 h du matin est terminée. Et pour ceux qui ont la chance de dégoter un lit, l'accueil s'est amélioré. « Grâce aux moyens débloqués depuis un an, on ne se contente plus d'accueillir les SDF trois ou six nuits pour parer à l'urgence. On les accompagne désormais sur du long terme », explique Didier Cusserne, délégué général d'Emmaüs.

De fait, 9 000 des 15 574 lits des centres d'hébergement d'urgence ont désormais des horaires d'ouverture étendus. A terme, tous seront ouverts 24 heures sur 24. En outre, les sans-domicile peuvent désormais rester jusqu'à six mois dans un centre, au lieu d'appeler le 115 pour être parachuté ailleurs : les structures se transforment en effet les unes après les autres en centres de stabilisation. C'est le cas du centre Lancry, à Paris, où nous avons rencontré Mohammed (lire ci-dessous). Le directeur, Aboubacar Diop, estime qu'il y a un véritable « revirement de conception » dans l'aide aux SDF : « Avant, les pouvoirs publics pensaient que rester ouvert 24 heures sur 24, ça pousserait les sans-abri à la fainéantise. C'est faux, seuls cinq de mes pensionnaires traînassent ici toute la journée. On peut désormais faire un vrai suivi pour leur trouver des papiers, un logement, un job. » Une dizaine de ses protégés s'en seraient sortis en six mois, soit trois fois plus qu'avec l'ancien dispositif. Mais dehors, des milliers de SDF galèrent encore.

peur
D'après l'enquête Emmaüs, près d'un Français sur deux (47%) redoute encore de devenir SDF. L’an dernier, 46% des sondés avaient exprimé leur angoisse de tomber un jour à la rue.