A Paris, au centre Lancry, « on est bien, on est libre »

L. de C. - ©2007 20 minutes

— 

Dans sa chambre aux murs blancs, qui sent le renfermé, une grande armoire vient d'être installée. Mohammed, un gaillard timide d'une cinquantaine d'années, y range ses affaires. Quand il aura récupéré des photos de ses deux enfants, il pourra les accrocher au mur. Comme à la maison ? « Quand même pas. Mais on est bien ici. On est libre. » Pour lui, qui a pu trouver une place dans une structure parisienne, le quotidien a changé. Arrivé de Lyon où il zonait de centre d'accueil en structure d'urgence, il partage depuis plus de quatre mois cette petite chambre avec un autre SDF, au sixième étage du centre Lancry, près de la gare de l'Est. « Je fais même mon ménage une fois par semaine, sourit-il fièrement. Ça me crée une habitude, c'est mieux. »

Surtout, ça le change de sa voiture, où il avait fini, lassé « de se sentir comme un colis que le 115 envoie n'importe où ». Chaque jour, il se lève à 7 h 30, « pour reprendre une vie normale ». De son propre chef, et non parce que les responsables du centre toquent à sa porte pour le sortir du centre, au petit matin. « Avant, c'était long, on attendait 17 h 30 pour pouvoir rentrer et dîner au chaud. On faisait les magasins, on buvait surtout avec les copains de galère, le temps que ça passe. » Mais alors, n'est-il pas tenté de rester au chaud toute la journée, à regarder la télé, comme le font certains dans la pièce du rez-de-chaussée ? « Pas question que je passe mes journées ici. Pour le moral, ce ne serait pas bon. Et puis je n'ai pas non plus envie de voir les autres, toujours les mêmes. Certains, il faut se les taper », maugrée-t-il. Forcément, eux aussi sont là pour plusieurs mois. « C'est le revers de la médaille ! »

En bas, autour d'un café, l'ambiance est bon enfant, les gens se connaissent visiblement. Certains déjeunent devant le « 13 heures » de TF1. Une compagnonne Emmaüs tricote des bonnets pour les offrir aux pensionnaires à Noël. L'assistante sociale qui suit Mohammed arrive. « Elle ne me connaît pas vraiment encore bien. Mais au moins, je n'ai plus à lui répéter mon histoire à chaque fois, ni à répondre toujours aux mêmes questions. » La jeune femme le salue. Ici, Mohammed est connu. Attendu même parfois, pour le repas ou pour ses rendez-vous. Il lui fait un discret salut de la main. Et se lève, pour s'éclipser dans « sa » chambre.