«Quelque chose qui nous dépassait»

Recueilli par Stéphane Colineau

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Nathalie Kosciusko-Morizet, 34 ans, nommée mardi secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Ecologie, chargée de l'Ecologie, est une experte reconnue de l'écologie et des questions de santé liées à l'environnement.
Nathalie Kosciusko-Morizet, 34 ans, nommée mardi secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Ecologie, chargée de l'Ecologie, est une experte reconnue de l'écologie et des questions de santé liées à l'environnement. — Thomas Coex AFP/Archives

C'était il y a un mois. Les 24 et 25 octobre se sont déroulées à Paris les négociations finales du Grenelle de l'environnement. Un morceau d'histoire, au terme duquel la France a amorcé un virage, de l'avis des ONG les plus pointilleuses. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, était aux premières loges. Elle témoigne de ce huis clos entre les représentants des ONG, des syndicats, des patrons, des collectivités territoriales et de l'Etat.


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· Le stress avant les réunions «En arrivant au ministère, je ressentais un peu de stress. Comme avant un accouchement, quand on en a marre d'attendre mais qu'en même temps on a de l'inquiétude. Je craignais que les participants, très positifs pendant les travaux préparatoires, aient été recadrés par leurs organisations.»

· L'écopastille et les premiers pas «On savait que la première heure serait cruciale. On a vu très vite. C'était constructif. La pression de l'opinion a joué, personne ne voulait apparaître comme celui qui ferait échouer le Grenelle. A la fin de la première matinée on a eu un exemple, avec l'écopastille. Patrick Ollier [député UMP], qui représentait l'Assemblée, voulait que cette pastille ne soit instituée qu'au moment de l'achat du véhicule. Les ONG voulaient qu'elle soit annuelle. Finalement Ollier a dit "O.K.: je suis prêt à défendre l'option annuelle." Là, on a vu que les gens changeaient leurs positions. Mais ce mercredi, il y a aussi eu des échanges vifs. Le soir, je suis rentrée chez moi claquée.»

· Un SMS s'échappe «Le lendemain matin, il y a un couac sur la réduction de l'usage des pesticides. En pleine discussion, une association a envoyé un SMS à un de ses contacts à l'extérieur pour lui dire: "On a gagné." Ce contact en a parlé à l'Agence France-Presse, qui a publié une dépêche. Dans la salle, un représentant du syndicat des agriculteurs, la FNSEA, a aussitôt reçu un texto de ses troupes: "Vous nous avez lâchés." Il était en colère. Heureusement, on a pu reprendre les discussions.»

· Le discours de Sarkozy «Le discours du président de la République à l'Elysée a été un moment très fort. J'ai été touchée quand il a dit: "J'assume les conclusions du Grenelle." On avait le sentiment d'avoir fait quelque chose de très important qui nous dépassait.»

· «L'ombre du zèbre» «Les liens tissés entre les participants au fil du temps ont été un élément important. Ca s'est encore senti quatre jours après le "Grenelle", quand plusieurs d'entre nous étaient les invités d'une émission sur la Cinquième. L'écologiste Alain Bougrain-Dubourg m'a défiée de glisser en direct une phrase qui n'avait pas de sens: "L'ombre du zèbre n'a pas de rayures." Je l'ai dite. Plus tard, Bougrain Dubourg a envoyé un zèbre en peluche pour mon fils.»