«Si je suis ici aujourd'hui, c'est aussi pour mon fils»

MOUVEMENT SOCIAL Paroles de manifestants dans le cortège parisien, mardi...

Philippe Blanc

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L'agitation sociale est montée d'un cran mardi avec la grève des fonctionnaires pour le pouvoir d'achat, qui a entraîné des retards dans les aéroports et était bien suivie dans l'Education nationale, au septième jour du mouvement à la RATP et la SNCF.
L'agitation sociale est montée d'un cran mardi avec la grève des fonctionnaires pour le pouvoir d'achat, qui a entraîné des retards dans les aéroports et était bien suivie dans l'Education nationale, au septième jour du mouvement à la RATP et la SNCF. — francois guillot AFP

CRS rangés et cortèges bigarrés. Les manifestations ont réuni mardi entre 350.000 (selon la police) et 700.000 fonctionnaires (selon les syndicats) en France. A Paris, place d’Italie, entre 30.000 et 70.000 manifestants de la fonction publique, tous corps confondus (Energie, transports, santé, éducation nationale, police, la Poste etc.) ainsi que des retraités et des étudiants ont débuté leur marche vers 14h30 sous la pluie et dans le brouillard épais des nombreux feux de bengale. Paroles de manifestants.

Yves Mourens, 55 ans, de Gentilly (Val de Marne), directeur des ressources humaines dans le public:
«En quelques années j’ai perdu 6% de mon pouvoir d’achat. Dans la fonction publique, l’indice par rapport à l’évolution des prix le montre et ma vie quotidienne est de plus en plus dure. Si je suis ici aujourd’hui, c’est aussi pour mon fils, je ne veux pas qu’il finisse comme ça, à travailler après 70 ans, car c’est ce que propose Sarkozy. La France doit porter le progrès social en Europe».

Jean Robert Szklarz, 42 ans, contrôleur des impôts:
«L’affaiblissement de la mission de service public, la fin de l’égalité des citoyens devant l’impôt et la dégradation des conditions de travail m’ont poussé à manifester. Déjà 6.000 emplois ont été supprimés aux Impôts, nous sommes les seuls à subir de cette façon. Avec 1.400 € nets par mois après quatre ans de service comme agent aux impôts, c’est difficile de boucler son budget avec tout qui augmente, l’essence, le loyer, les aliments», ajoute son collègue.

Franck Delalande, 46 ans, postier à Créteil:
«C’est inénarrable les 200% d’augmentation de salaire de Sarkozy, c’est une provocation. Il faut alors augmenter le salaire de tout le monde parce que les gens n’ont pas de sous à la fin du mois et parce que c’est nécessaire pour relancer l’économie. Normalement le salaire doit être de trois fois le montant du loyer alors qu’aujourd’hui en Ile-de-France pour un loyer de 600 € une grande partie de mes collègues ne touchent que 1.200 €. Nous ne sommes pas des privilégiés à la poste, nous n’avons pas de 13ème mois, les horaires de nuit ne sont pas payés double, comme les gens le croient, et nous avons des horaires atypiques et les contractuels qui représentent 75% des employés de coliposte sont payés une misère».

Christian M., 56 ans, militant du Parti communiste, travaille dans le privé: «Il est important de soutenir les collègues pour qu’ils maintiennent leur emploi. Si les cheminots lâchent, on est bien partis pour qu’on nous colle 41 ans, 42 ans ou même les 45 ans que souhaite le Medef. On ne doit pas partir en retraite usés, fatigués et les fonctionnaires ne sont pas des privilégiés».