«Si les syndicats obtiennent des concessions, elles risquent d’être marginales»

INTERVIEW Stéphane Sirot, historien et professeur d’université, spécialisé dans la grève, décrypte le conflit actuel...

Propos recueillis par Pierre Koetschet

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La grève à la SNCF et la RATP, qui a encore perturbé le trafic lundi, malgré une baisse de mobilisation des cheminots (26,2%), devrait continuer pour la 7ème journée consécutive mardi, alors que les fonctionnaires cesseront à leur tour le travail pour 24 heures.
La grève à la SNCF et la RATP, qui a encore perturbé le trafic lundi, malgré une baisse de mobilisation des cheminots (26,2%), devrait continuer pour la 7ème journée consécutive mardi, alors que les fonctionnaires cesseront à leur tour le travail pour 24 heures. — Boris Horvat AFP
Stéphane Sirot, historien et professeur d’université, spécialisé dans la grève, décrypte le conflit actuel.

La grève actuelle va-t-elle durer?

Déjà, on peut dire qu’elle a duré, puisque cela fait maintenant une semaine qu’elle est en route. Les grandes confédérations aimeraient plutôt que le mouvement s’arrête, mais en même temps, il y a une forte pression de la base, plus méfiante. La base a compris que l’ouverture des négociations ne voudrait pas forcément dire qu’il y aurait grand chose à négocier.

Cette rupture de la base avec les confédérations, n’est-ce pas une nouveauté de ce conflit?

La base suivait beaucoup plus clairement les directions syndicales, et en particulier la CGT, lors du conflit de 95. Mais les choses ont changé. Les grévistes d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes. A la SNCF, 40% des cheminots n’étaient pas dans l’entreprise en 95. Ces nouveaux grévistes sont d’autant moins contrôlables par les fédérations qu’il y a eu un fort mouvement de désyndicalisation des dernières années, même chez les cheminots.

Le syndicat Sud n’a-t-il pas repris le rôle de fer de lance, joué par la CGT en 95?


Il y a toujours eu une forte compétition entre la CGT et Sud Rail à la SNCF. Néanmoins, même si Sud Rail est présenté comme un syndicat radical, on voit tout de même qu’ils sont prêts à s’assoire à la table des négociations. Il n’y a pas de refus total, ce qui était le cas en 1995. Aujourd’hui, les syndicats sont tous prêts à négocier.

Puisque la négociation est possible et même programmée pour mercredi, peut-on imaginer que la grève s’arrête avec le début des pourparlers?

Oui et non. Tout dépend de la marge de manœuvre laissée à la négociation. C’est la nouveauté de ces dernières années, et c’est inquiétant: quand le gouvernement ouvre des négociations, c’est pour arriver au résultat voulu au début. Le gouvernement fixe à l’avance le but a atteindre, et n’envisage de négocier que sur les chemins pour atteindre ce but. Il faut espérer que les discussions de mercredi ne seront pas des négociations de dupe, et qu’il y ait quelque chose à obtenir.

Faut-il attendre un résultat de ces négociations?

Si les syndicats obtiennent des concessions, elles risquent d’être marginales. Le gouvernement et les entreprises publiques ont pour tâche de donner du grain à moudre aux syndicats, pour qu’ils puissent présenter un accord acceptable à leur base. Mais le gouvernement ne devrait pas céder sur le fond de la réforme, notamment les quarante annuités.