« J'ai fait 1995, je peux faire 2007 »

Bastien Bonnefous - ©2007 20 minutes

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L'AG se tient au bout du quai 27, premier étage, loin du regard des usagers attendant un hypothétique train dans le hall. Gare Saint-Lazare, hier matin à Paris, les cheminots ont reconduit la grève à une écrasante majorité : sur 242 présents, 234 ont voté la grève, 8 se sont abstenus. Aucun donc n'a voté la reprise.

« Nos revendications sont inchangées : maintien des 37 annuités et demie de cotisations, et pas de nouveau statut pour les futurs embauchés SNCF », explique Daniel Rolland, délégué SUD-Rail et employé à l'accueil. Dans les rangs, les positions tendent même à se durcir, suite au pas en avant de Bernard Thibaut, le leader de la CGT, vers la sortie de crise. « C'est à la base de décider, pas aux représentants ! », s'énerve un gréviste. Michel Delaporte, guichetier CGT, modère : « On refuse la négociation tripartite entreprise par entreprise [proposée par Thibaut]. Pour l'instant, rien n'est fait, donc ça va. Mais il y a de plus en plus de monde aux AG, les leaders doivent en tenir compte. »

Plusieurs agitent le spectre d'une longue grève. « J'ai fait 1995, je peux faire 2007 », plaisante Daniel Rolland, qui dit se battre pour « tous les salariés » face à « un gouvernement et un patronat qui ne comprennent, hélas, que le rapport de force ». « Si Sarkozy gagne sur les régimes spéciaux, la prochaine étape, c'est le régime général. » Et pas question de parler de combat de privilégiés. « J'ai 47 ans, dont 27 passés à la SNCF, et je gagne 1 600 euros par mois », explique Michel Delaporte, qui cite « les Noël, les jours de l'An ou les dimanches passés au guichet ». « Alors, nous dire privilégiés, c'est insupportable ! »