Salaire, retraite, pénibilité… La négociation est-elle encore possible?

Sandrine Cochard avec Catherine Fournier

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Nicolas Sarkozy a déclaré mercredi soir que le conflit sur la réforme des régimes spéciaux de retraites devait "s'arrêter le plus vite possible", alors que la plupart des syndicats des cheminots et la CGT de la RATP ont appelé à la poursuite de la grève jeudi.
Nicolas Sarkozy a déclaré mercredi soir que le conflit sur la réforme des régimes spéciaux de retraites devait "s'arrêter le plus vite possible", alors que la plupart des syndicats des cheminots et la CGT de la RATP ont appelé à la poursuite de la grève jeudi. — Stéphane de Sakutin AFP

Après avoir laissé entrevoir une sortie de crise rapide mercredi avec un accord sur le principe de négociations tripartites par entreprise, le dialogue semble au point mort, vendredi matin, entre syndicats et gouvernement.

Le dialogue entre syndicats et gouvernement est-il rompu?
Six fédérations syndicales de cheminots (CGT, CFE-CGC, CFDT, CFTC, FO, Unsa) ont demandé au ministre du Travail la tenue «dès vendredi» d'une réunion tripartite «pour fixer le cadre» des négociations sur les régimes spéciaux.

De son côté, Xavier Bertrand a répété vendredi matin sur RTL que l'ouverture «immédiate» de négociations restait conditionnée à «un appel à la reprise du travail» de la part des organisations dans les entreprises. C'est mal parti: le mouvement a été reconduit pour samedi par certaines AG. Au même moment, Didier Le Reste (CGT Cheminots) demandait sur France Info «d'autres réponses qu'on n'a pas eues jusqu'à présent». «Personne n'a à gagner à ce que le mouvement dérape, s'enlise», a-t-il souligné. Le dialogue de sourds peut continuer.

Les syndicats sont-ils coupés de leur base?

Les premières assemblées générales (AG) de cheminots ont reconduit vendredi la grève contre la réforme des régimes spéciaux jusqu'à samedi, conformément à ce qu'avaient demandé jeudi soir sept syndicats, selon la CGT-cheminots. Une façon de réaffirmer que les leaders syndicaux maintiennent la pression sur le gouvernement. Et tiennent leur base, qui menaçait jeudi de voter contre leurs décisions. Selon «Le Figaro», les syndicats seraient «dépassés par la surenchère de la base». Un avis partagé par «Libération» qui estime que «la base se rebiffe». «Le Monde», lui, y voit l'oeuvre de la gauche radicale qui cherche à généraliser le mouvement.

De premières tensions sont d'ailleurs apparues vendredi matin autour de certains piquets de grève. Des grévistes de la SNCF ont ainsi empêché la circulation des trains qui devaient desservir la gare Saint Lazare.

Le front syndical divisé
La CFE-CGC, reçue mercredi soir par la direction de la SNCF, avec la CFDT et la CFTC, s’est dite intéressée par une hausse des salaires et un meilleur accompagnement des salariés en fin de carrière. A l’opposé, FO et Sud-Rail restent sur leur ligne dure, remettant en cause l’allongement de la durée de cotisation.

Côté négociations, chacun campe sur ses positions:


La durée de cotisation: Par «principe commun d’harmonisation», le gouvernement prévoit d’allonger la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans pour obtenir une retraite à taux plein. Les salariés du privé et les fonctionnaires ont dû s’y contraindre, le gouvernement peut difficilement reculer sur ce point. Son incidence sur le montant des pensions reste néanmoins le principal point d’achoppement.

Le montant des pensions: S’il sera possible aux bénéficiaires d’un régime spécial de partir en retraite avant 40 années de cotisations, leur pension sera amputée d’une décote (à terme 5% de pénalisation par année de cotisation manquante à partir de 2010). Malgré tout, «les salariés qui jouent le jeu de la réforme» en travaillant 2,5 années de plus après l'âge minimal de départ à la retraite (55 ans à la SNCF et dans certains régimes, 60 ailleurs), «ne perdront pas un euro», a concédé Xavier Bertrand.

Une concession qui ne satisfait pas les syndicats. Ces derniers demandent que les salariés qui travaillent plus longtemps qu’indiqué dans le «contrat moral» passé avec la SNCF gagnent plus. Pour l’instant, la réforme prévoit seulement une surcote en cas de départ au-delà de l'âge nécessaire.

La suppression des bonifications (années ou mois de cotisation offerts aux agents de la RATP, aux roulants de la SNCF et à certains employés d’EDF) pour les salariés recrutés à partir de 2009 pose question. Le gouvernement propose des rémunérations complémentaires et des secondes carrières mais les syndicats veulent pouvoir négocier plus.

Enfin, l’indexation de l'évolution du montant des pensions sur les prix et non sur les salaires à compter du 1er janvier 2009 fait aussi débat. Jean-Christophe Le Duigou, en charge des retraites à la CGT, estime que cela représente une perte du pouvoir d’achat de 25% au bout de 20 ans de retraite. Mercredi, François Fillon a néanmoins redit, face aux députés, que l’indexation, la mise en place d’une décote et l’allongement de la durée de cotisation ne pouvaient «pas faire l’objet de négociations». Depuis, le dialogue semble rompu.

Le montant des salaires
: les syndicats, notamment la CFTC, demandent en contrepartie une hausse des salaires des agents des régimes spéciaux. La FGAAC - seul syndicat non gréviste - a déjà accepté la proposition d’Anne-Marie Idrac, présidente de la SNCF, qui prévoit une hausse de salaire de 1% par année travaillée supplémentaire à partir de 50 ans. Une manœuvre destinée à «diviser les syndicats», selon la CGT. Augmenter les salaires en fin de carrière et créer une retraite complémentaire incluant les primes dans le calcul des pensions sont des pistes que Xavier Bertrand souhaite proposer lors de ses discussions entreprise par entreprise.

La pénibilité: La CFTC a protesté mercredi contre le retard pris par les négociations sur la pénibilité du travail, reprochant au Medef (patronat) «de tout faire pour les bloquer». Le gouvernement a proposé qu’un «organisme tripartite» réfléchisse à la nature des activités pénibles ayant une incidence sur l’espérance de vie» et aux conséquences à en tirer sur la durée de cotisation.