«La famille est le lieu de tous les dangers»

Propos recueillis par Sandrine Cochard
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Près d'une personne sur deux a subi au moins une fois des violences verbale, sexuelle, psychologique ou matérielle, au cours des 2 années écoulées, les jeunes et les femmes étant les plus exposés, selon une étude de la Drees (ministères de la Santé et du Travail) publiée jeudi.
Près d'une personne sur deux a subi au moins une fois des violences verbale, sexuelle, psychologique ou matérielle, au cours des 2 années écoulées, les jeunes et les femmes étant les plus exposés, selon une étude de la Drees (ministères de la Santé et du Travail) publiée jeudi. — Jack Guez AFP/Archives

Le Pr Gérard Lopez, président de l’Institut de victimologie et du Centre du psychotrauma, à Paris.


L’Observatoire national de la délinquance (OND) a publié lundi son rapport 2007. Il en ressort que près de la moitié des agressions ont lieu dans le cadre familial. Cela vous étonne-t-il?


Non, car ça a toujours été comme cela. La famille est l’endroit où l’on peut être le moins en sécurité: c’est aussi le lieu de tous les dangers, où les femmes, les enfants et les personnes âgées peuvent être victimes de violence ou d’agressions sexuelles. Et les médecins sont très mal préparés à cette réalité: on peut ne pas se rendre compte d’une agression, parce qu’on a pas perçu les signes, ou ne pas vouloir se rendre compte. La famille est perçue comme un lieu de sécurité, c’est celui où l’on est sensé se sentir le mieux. Les dangers et actes de violences sont souvent inaudibles pour beaucoup de monde. Enfin, depuis l’affaire Outreau, la parole des enfants est source de suspicion.

Les femmes victimes de la violence de leur conjoint portent peu plainte. La violence d’un proche n’est-elle pas perçue comme une agression?


Si, elle est bien perçue comme une agression, mais ces femmes ont peur de dénoncer leur conjoint. Outre la honte des «quand dira-t-on», elles hésitent car elles ne sont pas sûres qu’une plainte entraîne une réaction de la police. Elles craignent aussi les retombées pour le conjoint, surtout lorsque c’est lui qui subvient aux besoins de la famille. Enfin, elles espèrent souvent que la situation va changer. Le conjoint violent en joue d’ailleurs: il culpabilise sa compagne, qui a «cherché les coups», tout en essayant de se faire pardonner.


Comment prend-on en charge les personnes victimes de violences intrafamiliales?


Il faut d’abord protéger les victimes, parfois en leur trouvant un hébergement. Cela est possible grâce aux associations spécialisées. Ensuite, la personne doit se reconnaître en tant que victime et être reconnue comme telle par son médecin. Il s’agit alors de poser l’agression en termes légaux (savoir si elle relève du viol conjugal, des coups et blessures, etc.). Il faut également les orienter vers des avocats spécialisés, une aide souvent proposée par les associations. Enfin, le médecin peut soigner les victimes qui lui sont adressées et qui peuvent souffrir de trouble de l’identité, d’un effondrement de l’estime de soi, de graves troubles dépressifs, etc. Pour les enfants, la marche à suivre est la même, sauf qu’il faut repérer en amont les enfants victimes de violences pour pouvoir les signaler aux services sociaux, puis les prendre en charge. Malheureusement, malgré des études psychologiques qui démontrent le lien entre troubles de la personnalité et maltraitances durant l’enfance, ce problème de santé publique n’est pas reconnu comme tel. Et les médecins ne peuvent accéder aux formations nécessaires.

CENTRE DU PSYCHOTRAUMA
Centre spécialisé dans la prise en charge des troubles psychotraumatiques (département adulte et département enfant).
131, rue de Saussure 75017 Paris
Tél : 01 43 80 44 40