Le meurtrier de Pau témoigne

JUSTICE Déclaré pénalement irresponsable en première audience, Romain Dupuy a tué deux femmes à l'hôpital psychiatre...

D'après AFP

— 

Romain Dupuy a raconté mercredi devant la chambre de l'instruction de Pau, qui examine en appel son non-lieu psychiatrique, comment dans un état de "délire" il avait tué une infirmière et une aide-soignante en 2004 dans un hôpital de Pau.
Romain Dupuy a raconté mercredi devant la chambre de l'instruction de Pau, qui examine en appel son non-lieu psychiatrique, comment dans un état de "délire" il avait tué une infirmière et une aide-soignante en 2004 dans un hôpital de Pau. — Alain Guilhot AFP

Romain Dupuy a raconté mercredi devant la chambre de l'instruction de Pau, qui examine en appel son non-lieu psychiatrique, comment dans un état de «délire» il avait tué à l'arme blanche une infirmière et une aide-soignante en 2004 dans un hôpital de Pau.

Longuement interrogé par Michel Treille, le président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau, le jeune homme âgé de 24 ans a décrit avec précision, d'une voix assez assurée, son itinéraire de la nuit du drame et l'assassinat des deux femmes qui étaient de garde la nuit du 17 au 18 décembre 2004.

«J'ai vu une femme, je l'ai poignardée»

«J'ai vu de la lumière dans le couloir, une femme est apparue et m'a demandé ce que je faisais là, je l'ai poignardée», a raconté Romain Dupuy, les cheveux noués en catogan. Il découvre une deuxième femme en pénétrant dans le bureau que venait de quitter sa première victime, et la poignarde à son tour. «Je me suis senti agressé, j'ai perdu mon sang-froid», a-t-il plaidé, évoquant «un basculement, confronté à la réalité alors que je m'attendais à voir des monstres, des extra-terrestres».

Au cours de ces déclarations, faites pour la première fois en public et devant les familles des victimes, Romain Dupuy, pressé de questions, a finalement dit regretter «ce qu'il avait fait». «Je ne veux pas dire je m'excuse, ça ne sert à rien».

«J'ai cru voir un serpent géant»

Evoquant devant la cour le moment où il a tranché la tête de l'infirmière, Romain Dupuy a affirmé, sans perdre son calme, «avoir cru voir un serpent géant qui allait l'avaler».

Une première psychologue appelée à la barre, Sylvie Bessière, a assuré que lors de ses entretiens avec Romain Dupuy, elle avait bien décelé «des traits de psychopathie». Mais «il n'a pas d'idées délirantes, il était parfaitement possesseur et conscient de ses actes».

Un avocat de la défense s'est élevé contre ce témoignage, soulignant les écarts entre certaines déclarations de Dupuy et les faits tels qu'ils ont été constatés -notamment quand il affirme avoir poignardé «à l'abdomen» alors que toutes les blessures ont été relevées autour du cou ou dans le dos des victimes.

Un procès dans le cadre d'un débat initié par Rachida Dati

Deux autres psychologues et deux psychiatres devaient être entendus en début de soirée mercredi. Neuf autres psychiatres sont attendus à la barre jeudi et vendredi. Le non-lieu «psychiatrique» a été prononcé par le juge d'instruction de Pau en faveur de Romain Dupuy, le 28 août. La décision a été contestée en appel par les parties civiles qui espèrent encore un renvoi de l'affaire devant une cour d'assises.

L'audience intervient alors qu'un débat s'est ouvert en France sur la responsabilité pénale des malades mentaux. Faisant suite à une demande du président Nicolas Sarkozy, la ministre de la Justice Rachida Dati a annoncé en août l'ouverture d'une «réflexion» sur la création d'une audience spécifique dans les cas où les mis en cause sont déclarés pénalement irresponsables.