«Un maquis dans lequel personne ne comprend rien»

POLITIQUE DE LA VILLE Le député-maire (Nouveau Centre) de Seine-Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde, réagit au rapport de la Cour des comptes…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Jean-Christophe Lagarde, député UDF de Seine-Saint-Denis, estime que Dominique de Villepin "n'a plus aucune autorité ni sur le gouvernement, ni sur sa majorité, ni chez les Français", dans un entretien au Parisien publié mardi.
Jean-Christophe Lagarde, député UDF de Seine-Saint-Denis, estime que Dominique de Villepin "n'a plus aucune autorité ni sur le gouvernement, ni sur sa majorité, ni chez les Français", dans un entretien au Parisien publié mardi. — Gabriel BOuys AFP/Archives
Interview de Jean-Christophe Lagarde, deputé-maire (Nouveau Centre) de Drancy (Seine-Saint-Denis) :

La Cour des comptes dénonce dans un rapport l’inefficacité de la politique de la Ville menée par les différents gouvernements depuis vingt ans. Partagez-vous ce point de vue?


Il faut distinguer deux choses. La politique de la Ville liée à l’urbanisme est lisible mais pas celle qui porte sur l’animation sociale. Il s’agit d’un maquis dans lequel personne ne comprend rien. Les dispositifs s’accumulent les uns sur les autres et je serais incapable, alors que je suis un élu de banlieue, d’en citer la totalité. Aucune hiérarchie ni priorité au cours des années n’a été mise en place.

Mais cela dit, il est très difficile de mesurer l’efficacité des politiques lancées. La Cour des comptes remarque que le taux de chômage dans les banlieues n’a pas diminué mais ce n’est pas le bon étalon pour mesurer l’impact d’une politique. Comment s’étonner qu’il y ait du chômage dans les ghettos à pauvres? C’est justement parce que des gens sont pauvres qu’ils vivent en banlieues.

Sur le terrain, comment ressentez-vous la complexité des dispositifs existants?

Je constate que les associations dépensent parfois de l’argent pour se renseigner sur les dispositifs d’aide financière. C’est absurde. Certaines reçoivent beaucoup d’argent car elles connaissent bien la multiplication des aides. D’envergure nationale, ce n’est pas celles que l’on voit le plus bosser sur le terrain. Dans ma commune de Drancy, j’ai fait le ménage. Je remarque également qu’elles dépensent une énergie considérable à monter des dossiers de subventions. Il faudrait mettre en place des conventions triennales pour stabiliser ces aides.

C’est ce que promet justement Fadela Amara, la secrétaire d’Etat à la politique de la Ville…

D’autres ont dit ça avant elle. Mais cette idée s’oppose au principe d’annualité budgétaire cher à l’Etat.

Que préconisez-vous comme solution?

Les priorités pour l’Etat doivent être l’urbanisme, l’alphabétisation, l’accompagnement à la vie scolaire et à la professionnalisation. Mais il n’y a pas besoin d’une politique de la Ville pour l’animation sociale qui peut être assurée par chaque commune. Qu’on me donne juste pour cela l’argent de la taxe professionnelle qui est 2,5 fois inférieur à Drancy à la moyenne francilienne! Il faudrait régionaliser cette taxe afin que l’argent versé par les entreprises puisse bénéficier aux communes les plus fragilisés et ne reste pas dans les villes prospères. Je vais déposer prochainement une proposition de loi en ce sens.