Compensation de la hausse des carburants: à qui le tour?

Sandrine Cochard

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Des milliers de chauffeurs de taxi se sont mobilisés mercredi à Paris et dans les principales villes de France pour protester contre la fin de la détaxe sur le carburant et exprimer leur inquiétude face à la perspective de la déréglementation de la profession.
Des milliers de chauffeurs de taxi se sont mobilisés mercredi à Paris et dans les principales villes de France pour protester contre la fin de la détaxe sur le carburant et exprimer leur inquiétude face à la perspective de la déréglementation de la profession. — Jean-Philippe Ksiazek AFP

Après le succès des pêcheurs, agriculteurs, taxis et routiers attendent eux aussi des mesures. 20minutes.fr fait le point sur leurs revendications.

Les agriculteurs:

«Les agriculteurs attendent des mesures d’urgence», affirme la FNSEA dans un communiqué diffusé mardi. « Comme les pêcheurs, (…) les exploitants agricoles sont des gros utilisateurs professionnels de produits pétroliers. Ils subissent donc de plein fouet la flambée de l’Or noir», affirme la Fédération. «Pour la première fois, le prix du gasoil agricole vient de franchir un record historique, à près de 720 € /1000 litres, souligne la FNSEA. L’année dernière au plus haut de la crise, le prix n’avait jamais dépassé la barre des 700 €.»

Face à la flambée des prix du pétrole, la fédération rappelle que, depuis 2004, les exploitants ont obtenu le remboursement de la TIPP à hauteur de 5 cents d’euro par 1.000 litres. «Bien que faible, cette compensation marquait néanmoins la volonté des pouvoirs publics de soutenir un secteur économique pénalisé par le prix du pétrole. A ce jour, le gouvernement ne semble pas pressé de confirmer le maintien de cette mesure. Son abandon risquerait fort de mettre le feu aux poudres dans les campagnes», conclut le communiqué.

Les taxis:

Les conducteurs de taxi ont déjà fait part de leur mécontentement lors d’une grande manifestation nationale, le 26 septembre. Ils s’opposaient alors à une éventuelle suppression de leur détaxe sur le carburant, dont ils bénéficient depuis 1982, et la menace de déréglementation que le gouvernement faisait peser sur la profession. Actuellement, la détaxe intervient sur la TIPP du prix du carburant. Comme tout entrepreneur, les taxis récupèrent la TVA. La détaxe dont bénéficient les taxis est limité à 5.000 litres par an et par véhicule.

Lundi, la Fédération Nationale des Artisans du Taxi (FNAT) a dénoncé «la double peine appliquée aux taxis». «Subissant de plein fouet la nouvelle hausse des carburants, et malgré les promesses du gouvernement, les taxis constatent que la détaxe n'est pas maintenue dans le projet de loi de finances 2008», s’est indigné lundi la FNAT dans un communiqué.

Pour les apaiser lors des manifestations de septembre dernier, le gouvernement avait assuré les professionnels du secteur du maintien de la détaxe. Annulée par les nouvelles dispositions européennes, celle-ci devait figurer néanmoins dans le projet de loi de finances 2008. Un réexamen de cette détaxe n’est pas à l’ordre du jour.

«La suppression définitive de la détaxe, conjuguée à la nouvelle flambée du prix des carburants, risque d'avoir des répercussions de 10 à 15 % sur le pouvoir d'achat des taxis», estime la fédération. Les taxis ne peuvent répercuter la hausse du prix du gasoil sur leurs tarifs car ceux-ci sont encadrés par le ministère de l’Economie.

Les routiers:

Si la situation des routiers n’est pas comparable à celle des pêcheurs, indique-t-on à la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR), une réunion est tout de même prévue jeudi matin. A l’ordre du jour, entre autres, l’harmonisation européenne sur la fiscalité des carburants. Les routiers déplorent la TIPP trop élevée en France (supérieur de 20% aux autres pays européens) et réclament un lissage des prix.

Depuis le début de l’année 2006, les transporteurs routiers bénéficient d’un mécanisme de répercussion leur permettant d’indexer leurs contrats sur les prix du gazole. «Même s’il est difficile de répercuter la totalité de la hausse, du fait de la forte concurrence qui régit le secteur», reconnaît-on à la FNTR. «La part du gazole dans le coût de revient d’un camion est de 25% contre 20% il y a encore 3-4 ans. Une part qui s’élève à 30% du coût de revient d’un bateau, a indiqué mercredi Michel Barnier à l’issue de la réunion avec les pêcheurs. Si les routiers espèrent que leurs revendications, notamment concernant l’harmonisation de la fiscalité des carburants en Europe, soit entendues, ils n’envisagent en revanche aucune opération «coup de poing» pour l’instant, selon la FNTR.