Pêcheurs bretons: les raisons de la colère

Sa. C.

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Plusieurs centaines de pêcheurs ont fortement perturbé lundi matin les accès aux ports de Brest, Douarnenez (Finistère), Lorient (Morbihan), une "démonstration de force" destinée à obtenir de l'Etat des mesures face à l'envolée des prix du gazole.
Plusieurs centaines de pêcheurs ont fortement perturbé lundi matin les accès aux ports de Brest, Douarnenez (Finistère), Lorient (Morbihan), une "démonstration de force" destinée à obtenir de l'Etat des mesures face à l'envolée des prix du gazole. — Fred Tanneau AFP

Alors que les pêcheurs bretons bloquent les ports de Brest, Douarnenez (Finistère) et Lorient (Morbihan) depuis lundi matin, les pêcheurs peinent à s’organiser pour la réunion prévue mercredi, avec Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche. 20minutes.fr vous explique les dessous d’un conflit.

Pourquoi un tel conflit?
Les pêcheurs réclament des mesures face à l'envolée du prix du gazole. Il a atteint la semaine dernière un record à plus de 1,14 euro par litre en moyenne. Les pêcheurs professionnels bénéficient toutefois d'un prix défiscalisé et paient actuellement environ 52 centimes par litre. Mais selon les représentants des pêcheurs, la rentabilité d'un bateau n'est plus atteinte avec un gazole supérieur à 0,30 euro le litre. En clair, ils veulent un système répercutant l'augmentation du coût du pétrole dans le prix du poisson.

Les actions de lundi matin
A Brest, quelque 300 pêcheurs ont pris place à l'aube devant le dépôt de carburant du port, empêchant les camions d'entrer et de sortir. A Lorient, 300 pêcheurs, selon les organisateurs, moins de 150 selon la préfecture, ont bloqué le dépôt de carburant en mettant le feu à des palettes et les manifestants ont mené une opération escargot dans le centre-ville. A Douarnenez, une cinquantaine de pêcheurs, selon la gendarmerie, ont cadenassé la grille du dépôt de carburant.

Quelles conséquences?
Pour l’instant, seuls les pêcheurs bretons sont mobilisés. Ceux de la région Nord-Pas-de-Calais, comme beaucoup d’autres, préfèrent attendre les propositions du ministère. En cas de désaccord lors de la réunion de mercredi, d’autres comités locaux et régionaux pourraient se joindre aux pêcheurs bretons.

La réunion de mercredi
Après des tergiversations, les pêcheurs semblent en mesure de constituer une délégation représentative. «Nous avons reçu un coup de fil du ministère et une délégation de quinze personnes appartenant au comité de crise sera reçue mercredi matin, indépendamment du comité national des pêches, par le ministre», a indiqué lundi Robert Bouguéon, président du comité des pêches du Guilvinec (Finistère). Le «comité de crise» a été mis en place au début du mouvement de protestation. Une délégation issue de ce comité répond aux attentes des pêcheurs qui ne voulaient pas être représentés par le seul comité national des pêches, qui n'a pas soutenu leur mouvement, et réclamaient la présence de représentants du comité de crise, notamment des ports de Concarneau, Lorient ou Le Croisic.

Vers une aide financière aux pêcheurs?
Michel Barnier a affirmé dimanche s'être «assuré de la mise en oeuvre la plus rapide des décisions prises avec les responsables professionnels lors du Conseil supérieur de la Pêche» mardi 30 octobre, soit «27 millions d'euros de soutiens divers». Ce jour-là, le ministre avait annoncé une série de mesures d’aide telles que la signature «de plans de sorties de flotte» (lire ci-après) pour un montant de 25,5 millions d'euros, le report pendant un trimestre «du paiement des cotisations patronales», le «report du remboursement des avances perçues» (par les marins-pêcheurs, ndlr) dans le cadre du plan de sauvegarde et de restructuration et l'abondement par l'Etat de «la caisse chômage intempéries de 1,5 million».

Les «plans de sorties de flotte», destinés à mettre à la casse des bateaux, remplacent le Fonds de prévention des aléas pêche (FPA), un dispositif qui permettait aux pêcheurs de payer le gazole moins cher que le prix du marché mais qui a valu à la France les foudres de Bruxelles, car considéré comme une aide d'Etat incompatible avec les règles communautaires.

Cartographie de la pêche française:
Au 31 décembre 2003, la flotte française des navires de pêche en activité (DOM compris) comptait 7900 navires, selon le site du ministère de l'Agriculture et de la Pêche: 150 navires de pêche hauturière (25 mètres ou plus), 1350 navires de pêche artisanale (de 12 à moins de 25 mètres) et 6400 navires artisans de petite pêche côtière (moins de 12 mètres).

Début 2006, la France ne comptait plus que 5.346 navires en métropole (contre 8.654 en 1990), soit seulement 9% de la flotte de l'Union européenne, plus 2.349 dans les DOM-TOM, selon l’AFP.