« Il n'y a pas eu de débriefing national »

Recueilli par Laure de Charette - ©2007 20 minutes

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Sebastian Roché

Sociologue, directeur du pôle « sécurité et société » au CNRS.

Il y a deux ans, les banlieues implosaient. Malgré les « rencontres territoriales », qui se tiennent aujourd'hui à Paris dans le cadre du plan banlieue, il n'y a aucun hommage

politique ou presque...

C'est l'événement majeur de ces cinquante dernières années en Europe, en termes de violence collective, ce sera dans les livres d'histoire et on sent une volonté de mettre un couvercle. Il n'y a jamais eu de débriefing national des émeutes, faute de commission d'enquête. Cette politique de l'autruche est grave.

Comment expliquer

ce silence ?

Le gouvernement n'a pas prévu de plan com pour marquer cet anniversaire et comme le Président impose son agenda à la presse... Etant à l'époque ministre de l'Intérieur, il n'a pas forcément envie de rappeler qu'il a perdu le contrôle. Quant aux élus locaux, ils semblent ne pas vouloir jeter de l'huile sur le feu, en attendant le plan banlieue.

Fallait-il pour autant décréter

un jour anniversaire ?

Il aurait été légitime de se recueillir autour des personnes décédées. Le Premier ministre ou Fadela Amara auraient pu organiser une commémoration. Et la police aurait pu faire des gestes symboliques envers les jeunes des quartiers, c'était l'occasion de tendre la main. Mais, comme avec Mai 1968, les politiques ont tout intérêt à faire comme si rien ne s'était passé. Mais ça ressurgira, quand les auteurs ou le cinéma s'en empareront.