Le mandat de Lagarde au FMI assombri par son procès en France

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Le logo du FMI(International Monetary Fund). Singapour 29 avril 2013 Lancer le diaporama
Le logo du FMI(International Monetary Fund). Singapour 29 avril 2013 — ROSLAN RAHMAN AFP

Mauvais timing: c'est depuis la Chine où elle doit participer à une réunion des pays du G20 sur l'économie mondiale que Christine Lagarde a appris qu'elle sera finalement jugée en France dans l'affaire Bernard Tapie-Crédit Lyonnais.

A lui seul, ce malencontreux hasard de calendrier résume le défi que devra relever la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI): assurer pleinement sa mission tout en répondant aux impératifs dictés par sa situation judiciaire.

Reconduite avec les honneurs début juillet pour cinq ans à la tête de l'institution, la dirigeante se voit rattrapée par son passé de ministre de l'Economie en France (2007-2011) et sa décision de recourir à un arbitrage privé, qui fait l'objet d'une enquête séparée pour escroquerie en bande organisée au profit de M. Tapie.

Sur le papier, sa mise en cause pour "négligence" n'enfreint aucune de ses obligations contractuelles au FMI où elle est notamment tenue de respecter, dans l’exercice de ses fonctions, les "principes les plus élevés de conduite éthique".

A peine connue la nouvelle de son renvoi au tribunal, le conseil d'administration du FMI lui a d’ailleurs apporté de nouveau sa "confiance" dans sa capacité à exercer ses fonctions à la tête du FMI.

Crucial, le soutien de cet organe représentant les 189 Etats membres du Fonds a été immuable depuis l'ouverture de l'enquête visant Mme Lagarde en août 2011.

"Elle a fait un très bon travail au cours des cinq dernières années et les membres du Fonds ont considéré que le risque en valait la chandelle", affirme à l'AFP Edwin Truman, ancien membre du Trésor américain et fin connaisseur de l'institution.

A son actif, Mme Lagarde a su redorer le blason d'une institution traumatisée par la démission forcée de Dominique Strauss-Kahn en 2011, emporté par un scandale sexuel, et s'est assuré le soutien des grands pays émergents à qui elle a donné plus de poids au sein du FMI.

- 'Bonne foi' -

Dans les faits, sa situation judiciaire pourrait toutefois affaiblir sa position et endommager l'image d'une institution, souvent accusée de propager l’austérité budgétaire et dont les deux derniers directeurs généraux ont dû affronter la justice.

Le prédécesseur de M. Strauss-Kahn, l'Espagnol Rodrigo Rato, sera ainsi bientôt jugé dans son pays pour détournement de fonds au détriment de la banque Bankia.

"Les critiques du Fonds utiliseront tout ce qu'ils peuvent trouver", nuance M. Truman.

Mais les images de la patronne du FMI pénétrant dans une cour de justice pour être jugée pourraient toutefois ne pas être totalement indolores.

"Le monde est à un moment de grande incertitude et nous avons besoin d'un FMI en position de diriger", relève Andrea Montanino, qui a côtoyé Mme Lagarde en tant que représentant italien au conseil d'administration du Fonds.

Selon lui, le bilan de Mme Lagarde est flatteur mais un procès pourrait être dommageable s'il s'étend dans la durée et l'empêche de multiplier les déplacements sur le globe comme elle le fait actuellement.

"Le seul doute que j'ai, c'est de savoir si le procès implique qu'elle passe la plupart de son temps à Paris, ce qui serait préjudiciable pour son rôle au FMI", analyse-t-il dans des déclarations à l'AFP.

Interrogée par l'AFP au début juillet, Mme Lagarde avait clamé sa "bonne foi" et assuré être "totalement concentrée" sur sa mission au FMI en dépit de ses tourments judiciaires.

Si son procès, qui pourrait se tenir d'ici à la fin de l'année, aboutissait à une relaxe, cette affaire sera sans doute vite oubliée, laissant les coudées franches à Mme Lagarde.

Une condamnation serait bien plus problématique. Le délit de négligence qui lui est reproché est passible d'une peine allant jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende.

Un tel scénario n'est pas envisagé dans son contrat avec le FMI mais il risquerait de fragiliser grandement sa situation.

Selon M. Montanino, cela ne fait même aucun doute: "Si elle est condamnée, elle devra démissionner", tranche-t-il.