Macron fait un pas de plus vers 2017, Valls tonne

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Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, le 11 juillet 2016 à Paris — ERIC PIERMONT AFP

A deux jours de l'allocution de François Hollande le 14 juillet et à neuf mois de la présidentielle, Emmanuel Macron réunit mardi soir à Paris son mouvement politique En Marche!, un premier grand meeting du ministre, qui a suscité l'agacement profond de Manuel Valls.

Peut-on être ministre et présider de tels meetings? "Il est temps que tout cela s'arrête", a lâché mardi après-midi le Premier ministre, qui s'était jusque-là gardé de critiquer aussi ouvertement son ministre de l'Economie de 38 ans, malgré un premier "savon" délivré en public, mais hors micro, sur les bancs de l'Assemblée nationale en mai.

Faire des meetings, "j'ai le sentiment que c'est le cas de pas mal de monde en ce moment", s'est pour sa part défendu mardi le colocataire de Bercy, allusion ironique aux réunions publiques organisées récemment par... Manuel Valls.

Cette charge de M. Valls a relancé les spéculations sur un éventuel départ de M. Macron du gouvernement: "Question à poser au président, le Premier ministre semble avoir son idée", a observé avec ironie un membre du gouvernement sous couvert d'anonymat.

Un député hollandais va plus loin: "Valls obtiendra dès demain le départ de Macron, ou il sera précédé dès ce soir par Macron lui-même". Pour un député proche du ministre, "si Manuel Valls pense qu'il faut le démissionner pour cela, je pense qu’Emmanuel Macron l'assumera".

Ambiance tendue également devant la salle de La Mutualité, où les partisans de M. Macron ont été accueillis par une centaine de manifestants contre la loi travail avec des jets d'œufs et des sifflets. Cantonnés par un cordon de policiers, les manifestants brandissaient des banderoles aux messages peu équivoques: "Macron étron du capital" ou encore "Contre l'euro du fric et la loi des patrons".

"Les bourgeois, les banquiers, c'est par là", a crié un manifestant en montrant l'entrée de La Mutualité, alors que des partisans du ministre, nombre d'entre eux en costume, attendaient de pouvoir entrer.

Trois mois après le lancement de son mouvement "transpartisan", Emmanuel Macron laisse savamment planer le doute sur ses intentions pour 2017, dans une posture de quasi-candidat qui mélange l'habileté et l'ambiguïté.

Selon son entourage, pas de déclaration de candidature à attendre à partir de 20H00 à la Mutualité : il n'y aura "pas d'annonce personnelle". La méthode et le calendrier restent inchangés : le "diagnostic" et une opération de porte à porte jusqu'à la fin de l'été, les "propositions" en octobre, puis les "questions de personnes", selon un proche du colocataire de Bercy.

- Macron 'entre en campagne' -

Le rassemblement apparaît aussi comme une tentative de relance, alors que la trajectoire ascendante de M. Macron a connu ses premiers "couacs" ces dernières semaines (affaire du "costard", jets d’œufs, démêlés autour de son ISF...)

"On a beaucoup entendu qu'il était seul, que c'était une aventure solitaire, je pense que ce soir ça va être la démonstration du contraire", souligne Benjamin Griveaux, un ancien strauss-kahnien qui fait désormais partie de la jeune garde de M. Macron.

Ce meeting sera aussi l'occasion pour l'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée, qui n'a pas sa carte au PS, de faire ses armes dans un exercice relativement inédit pour lui, face à un public de 3.000 personnes selon les organisateurs.

M. Macron "entre en campagne. Parce qu'il pense que les forces progressistes ont besoin de lui. Macron est utile à tout le monde", a expliqué la semaine dernière le maire PS de Lyon Gérard Collomb, en annonçant d'autres meetings au cours de l'été.

Une trentaine de parlementaires sont annoncés, parmi lesquels le sénateur François Patriat, les députés Richard Ferrand, Arnaud Leroy, Stéphane Travert et Corinne Erhel, Christophe Castaner, tous socialistes.

Le positionnement "un pied dedans, un pied dehors" du ministre a toutefois pu désarçonner ses soutiens, dont certains ne poursuivront pas l'aventure "En marche!" s'il s'agit in fine de soutenir le président sortant François Hollande.

Une manœuvre régulièrement démentie par le ministre de l'Économie, alors qu'a encore surgi ces derniers jours dans la presse l'idée d'un "ticket" avec François Hollande.

Selon un sondage Odoxa pour Le Parisien publié mardi, 36% des Français souhaitent que l'ex-protégé du président se présente (30% chez les sympathisants de gauche, 53% de droite) contre 14% pour le président Hollande et 26% pour Manuel Valls.