Hollande et Sarkozy disent adieu au «Petit Journal» de Yann Barthès

© 2016 AFP

— 

Le "Petit Journal", dont la dernière émission présentée par Yann Barthès a lieu jeudi soir, a marqué les écrans par des séquences à l'humour décapant, des commentaires pince sans-rire ou des reportages très originaux
Le "Petit Journal", dont la dernière émission présentée par Yann Barthès a lieu jeudi soir, a marqué les écrans par des séquences à l'humour décapant, des commentaires pince sans-rire ou des reportages très originaux — JOEL SAGET AFP

Yann Barthès a présenté avec nostalgie jeudi soir sur Canal+ son dernier «Petit Journal» avec les adieux de nombreux politiques, dont François Hollande et de Nicolas Sarkozy, à l'émission impertinente créée en 2004.

Poil-à-gratter des politiques dont il dévoilait impitoyablement les artifices de communication, révélateur de talents comiques comme le duo Catherine et Liliane, créateur de méthodes indiscrètes comme des perches tendues pour capter les apartés des meetings, le «Petit Journal» version Barthès aura marqué toute une génération de téléspectateurs, dont une partie ne s'informaient qu'à travers ses satires.

Devant un public de près de 200 fans, Yann Barthès a présenté un florilège des meilleurs moments de l'émission, faisant la part belle aux «habitués»: des politiques comme Nadine Morano ou Bernadette Chirac, mais aussi des célébrités, comme Catherine Deneuve (marraine de l'émission).

L'équipe a également titillé une dernière fois la classe politique, ce qui ne l'a pas empêché de recueillir les adieux de François Hollande: «si j'ai un conseil à vous donner, c'est de garder votre liberté, c'est le plus important». Ou ceux de Nicolas Sarkozy qui a comparé l'émission au footballeur Zlatan Ibrahimovic: «vous avez fait un super transfert pour passer d'une chaîne en crypté à une chaîne en clair» (TF1).

«Je vous pardonne», leur a lancé Nicolas Dupont-Aignan.

Visiblement ému, Yann Barthès a remercié le public et son équipe à la fin de l'émission, hors antenne.

Canal+, contrôlé depuis l'été dernier par Vincent Bolloré, a assuré que l'émission, devenue la plus regardée de la chaîne, continuerait à la rentrée mais dans une formule «rénovée». Selon la presse, Cyrille Eldin, intervieweur provoc des politiques pour le «Petit Journal», en deviendra le présentateur.

Mais tout autant que la suppression des Guignols de la grille en clair, le départ de Yann Barthès, qui rejoint TF1, reflète la mutation de Canal+, où Vincent Bolloré veut privilégier le crypté, et ne croit ni à une vitrine en clair ni à l'«esprit Canal» des débuts.

L'émission a démarré le 30 août 2004 sous forme d'une courte chronique en voix off de Yann Barthès, longtemps chargé de la revue de presse, à la demande de Laurent Bon, alors producteur éditorial du «Grand Journal» présenté par Michel Denisot.

La mince silhouette du trentenaire n'apparaît à l'écran qu'à partir de 2007: Yann Barthès présente son «Petit Journal» en plateau, déjà en veste et cravate, toujours au sein du «Grand Journal» avec «Le Petit Journal Actu» et «Le Petit Journal People».

En 2011, «Le Petit Journal» devient une émission à part entière, produite par Bangumi, la société créée par Laurent Bon et Yann Barthès. En 2013-2014, il dépasse l'audience du «Grand Journal» et devient la vitrine en clair de la chaîne très relayée sur les réseaux sociaux.

- Piques anti-Bolloré -

Il se spécialise dans le décryptage des discours politiques dont il révèle les fameux éléments de langage. Son micro rouge devient la bête noire de certains militants, notamment ceux du FN, une de ses cibles favorites.

Depuis une quinzaine de jours, Yann Barthès avait démarré un compte à rebours et rediffusé les meilleurs moments de l'émission. Et depuis qu'il avait annoncé son départ en mai, faute d’obtenir des assurances de Vincent Bolloré sur l'avenir du «Petit journal», il glissait des piques à l'encontre du nouveau patron de Canal+.

Dans un sketch, Catherine et Liliane avaient aussi plaisanté sur le climat de peur dans le groupe après l'éviction par Vincent Bolloré d'une vingtaine de dirigeants.

- Information ou divertissement ? -

Le mélange des genres du Petit Journal a souvent été critiqué, par des politiques, - à l'instar de Jean-Luc Mélenchon en 2012 qui avait dénoncé «l'info spectacle» ou d'Alain Juppé, énervé par des remarques sur sa chemise neuve, dont on voyait encore l'étiquette. Parmi les journalistes également, certains avaient pointé un risque de confusion.

Une équipe de 40 personnes travaillait sur «Le Petit Journal» dont 5 reporters. Mais son audience de 1,8 million de téléspectateurs par jour en 2013-2014, puis 1,6 million en 2014-2015, a chuté autour de 1,2-1,3 million cette année.