Le "détail" de François Fillon sur l'amendement des tests ADN ne passe pas

POLITIQUE Nombreuses sont les réactions à ce mot du Premier ministre...

AA avec AFP

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La polémique sur la loi sur l'immigration a rebondi ce week-end avec les propos de François Fillon qualifiant de "détail" l'instauration de tests ADN, dénoncés comme un clin d'oeil au FN, et la controverse sur l'hébergement d'urgence des sans-papiers.
La polémique sur la loi sur l'immigration a rebondi ce week-end avec les propos de François Fillon qualifiant de "détail" l'instauration de tests ADN, dénoncés comme un clin d'oeil au FN, et la controverse sur l'hébergement d'urgence des sans-papiers. — Olivier Laban-Mattei AFP

Les déclarations du Premier ministre François Fillon, samedi lors du Conseil national de l'UMP, suscitent la controverse.
En effet, il a qualifié de "détail" l'amendement sur les tests ADN dans la phrase suivante: "cette loi dont les polémiques ont grossi jusqu'au ridicule un détail, en masquant l'essentiel: qu'elle rendait à la France le droit de choisir son immigration (...)".

Un "détail" qui ne passe pas
Or le mot "détail" fait bondir le président du Mrap (Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples), Mouloud Aounit. "En employant sciemment le mot «détail», le Premier ministre vient de franchir les limites de l'insoutenable et de l'indécence", dénonce-t-il dans un communiqué. "Il signe non seulement son compagnonnage avec l'extrême-droite mais participe aussi dangereusement à sa banalisation".

De même, Pierre Henry, le directeur général de France Terre d'Asile y a vu "une stratégie préélectorale préoccupante". "Le mot détail, employé dans le contexte actuel, est lourd de sens et ne peut qu'attiser les divisions", a-t-il dit. "Le Premier ministre n'a rien à gagner à manipuler les symboles sauf à considérer que l'agrégation de l'électorat d'extrême droite autour du bloc majoritaire vaut bien l'instrumentalisation de la question migratoire à 10 mois des municipales".

"S'il s'était agi d'un simple détail, non essentiel à la loi, comme l'a dit samedi le Premier ministre, on aurait évidemment pu s'en passer", affirme François Bayrou. "Or le combat pied à pied mené par le gouvernement, pendant des jours, pour sauver le principe de cette disposition montre assez que, pour certains, elle n'était pas secondaire", poursuit le député des Pyrénées Atlantiques.

Même analyse pour Pierre Moscovici (PS), qui dénonce "une stratégie politique qui est celle de la droite, qui est celle de Nicolas Sarkozy qui a conquis l'électorat FN en grande partie et qui veut le conserver et inscrit sans arrêt à l'agenda l'immigration". Et de demander au chef de gouvernement de "rectifier" ses propos, estimant que "ce n'est pas un détail, c'est même quelque chose d'une gravité extrême".

Le PS en appelle à Nicolas Sarkozy
Toujours au PS, Stéphane Le Foll, bras droit du numéro 1 François Hollande, a interpellé directement Nicolas Sarkozy, lui demandant de "confirmer ou contredire" son Premier ministre. "C'est une expression qui pour les socialistes est grave, très grave", a-t-il expliqué à l'AFP, dénonçant lui aussi "l'intention de la majorité, qui est de faire à travers cet amendement un clin d'oeil au Front National".

Un mauvais souvenir
En effet, la polémique naît du souvenir d'un mot de Jean-Marie Le Pen en 1987: celui-ci avait qualifié les chambres à gaz de "détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale". Propos qui avaient valu une condamnation en justice au leader d'extrême droite.

Le parallèle est exagéré selon Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP. "Il faut vraiment beaucoup de malveillance pour faire un amalgame" entre les propos de François Fillon et ceux de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, a-t-il réafi dimanche sur France-Inter.