Tout savoir sur les incidents au Vert-Bois

QUESTIONS-REPONSES Que s'est-il passé à Saint-Dizier? Pourquoi? Et maintenant?

A. Sulzer avec AFP

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Des voitures brûlées à Saint-Dizier dans la nuit de jeudi à vendredi
Des voitures brûlées à Saint-Dizier dans la nuit de jeudi à vendredi — AFP
Que s'est-il exactement passé au Vert-Bois dans la nuit de jeudi à vendredi?

Selon le préfet de Haute-Marne Yves Guillot, les incidents ont débuté vers 21h45, quand quarante à cinquante jeunes cagoulés, dont l'âge oscillait entre 12 et 20 ans, se sont munis de barres de fer, et ont attaqué un fourgon de pompiers et un véhicule de la Brigade anti-criminalité (BAC) en intervention à proximité du centre commercial du Vert-Bois.

Plusieurs individus ont frappé le véhicule des pompiers à coups de barre de fer, certains s'accrochant même aux portières du véhicule pour en extraire ses occupants. L'un des pompiers a été touché, sans être blessé. Caillassés, les véhicules d'intervention ont dans un premier temps dû faire machine arrière, avant de retourner sur les lieux.
Les jeunes se sont ensuite dispersés dans la cité, où ils ont mis le feu à la Maison de la jeunesse et de la culture (MJC), dont le rez-de-chaussée est entièrement détruit, ainsi qu'à une agence de location de voitures. L'office HLM a également été dégradé par un départ d'incendie, selon la préfecture. Une source policière indique aussi qu'un ou deux abribus ont également été «cassés». Seize véhicules ont été incendiés.

Quel bilan? Combien d'arrestations?


Un premier bilan fait état de «deux personnes légèrement blessées — un policier souffre de coupures dues aux éclats de verre, et un pompier a été frappé sur un bras avec une barre de fer», selon la préfecture. Aucune arrestation n'a eu lieu, les 30 à 40 jeunes ayant agi très vite. Une enquête judiciaire a été ouverte en flagrance par le procureur de la République.

Comment est la situation sur le terrain vendredi?

Le calme est revenu vendredi en début de matinée. Selon Guillaume Audebaud, directeur de cabinet de la préfecture, joint par 20minutes.fr, une seule compagnie de CRS est «pour l'instant» positionnée dans le quartier vendredi. La cellule de crise, mise en place jeudi soir, reste toutefois toujours active. La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, une proche du maire de la ville François Cornut-Gentille (UMP), a annoncé qu'elle se rendait sur place dans la matinée.

Est-ce un guet-apens?

Non, selon Michel Klein, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). «C'était une horde sauvage qui a traversé le quartier en incendiant les voitures, ce n'est pas vraiment le principe du guet-apens», a-t-il commenté. Le préfet Yves Guillot avait pourtant estimé plus tôt que l'action «a été concerté». Quant au député-maire de Saint-Dizier, il avait «l'impression qu'ils ont préparé le coup et qu'ils ont voulu faire parler d'eux».

Pourquoi ces violences?

«Il y avait une tension depuis plusieurs jours dans le quartier», explique Guillaume Audebaud. Des véhicules avaient été incendiés ainsi que des poubelles, selon lui. C'est dans ce cadre qu'un homme a «agressé il y a trois jours» un policier. Il a été interpellé jeudi sans que l'on sache pour l'instant si cette arrestation a un lien avec les violences.

La directrice du centre social du quartier, jointe par 20minutes.fr, confirme que les «jeunes étaient un peu excités depuis une semaine». Mais à sa connaissance, il n'y a pas d'événement précis qui a provoqué les violences.

Quant à la mairie, elle indique ne rien savoir des incidents des derniers jours. «Au centre ville, on n'en a pas entendu parler. Vous savez, ce sont des soucis internes à la cité».

Cette cité est-elle connue pour être sensible?

Oui, elle est classée en Zone urbaine sensible (Zus). En 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait lancé une grande opération visant, à titre expérimental, à faire reculer durablement la délinquance et les violences urbaines dans 23 quartiers «exposés de façon récurrente aux violences urbaines». Le Vert-Bois en faisait partie. L'année suivante, le collège Anne Franck était partie en fumée.
En mai 2007, la fédération socialiste de Haute-Marne s'inquiétait déjà de la recrudescence des violences nocturnes.

Qu'en pense l'opposition de gauche de la ville?

Interrogé par 20minutes.fr, Jean-François Sauvaget, conseiller municipal socialiste, a estimé qu'il ne «souhaitait pas polémiquer». Il a néanmoins reproché à la municipalité de s'occuper davantage du centre-ville que du Vert-Bois. «La répression, même sévère, est nécessaire. Mais elle n'est pas suffisante. Il faut développer les rencontres culturelles, donner des moyens aux structures comme la MJC», estime-t-il