Loi travail: la guerre des nerfs continue à huit jours de l'Euro

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Un homme portant un masque représentant Emmanuel Macron et un autre gréviste de la SNCF déposent des rails devant le siège du Medef à Lyon le 1er juin 2016
Un homme portant un masque représentant Emmanuel Macron et un autre gréviste de la SNCF déposent des rails devant le siège du Medef à Lyon le 1er juin 2016 — JEFF PACHOUD AFP

La guerre des nerfs continue entre le gouvernement et les opposants à la loi travail, à huit jours de l'Euro, avec des grèves reconductibles perturbant de nouveau les transports jeudi, sans qu'aucune issue à la crise sociale ne se profile.

Alors que des grèves persistent aussi dans les raffineries, dans les ports et docks, l'énergie, et ont débuté lundi dans le secteur du traitement des déchets, le Premier ministre Manuel Valls a évoqué son «sentiment de gâchis» sur l'impact économique du conflit social.

La journée a commencé par de nombreux blocages et barrages filtrants partout en France, qu'il s'agisse de la centrale de Flamanville, de la gare de Lorient, de l'usine Renault Cléon près de Rouen, d'une zone d'activités du Bas-Rhin ou encore de la zone industrielle de Dieppe. Une centaine de grévistes occupaient dans la matinée le siège du Medef de l'Aude, selon la CGT.

De nouvelles manifestations sont prévues en régions, notamment à Nantes, Rennes, Toulouse et Marseille, ainsi qu'une manifestation de cheminots à Paris.

En pointe de la mobilisation contre la réforme du travail, le patron de la CGT, Philippe Martinez, a accusé l'exécutif de refuser le dialogue, renvoyant au gouvernement la responsabilité d'éventuelles grèves pendant l'Euro. Il a promis cette semaine «la plus forte mobilisation depuis trois mois».

Mais le gouvernement entend «tenir sur le fond» du projet de loi travail, sur lequel près de 400 amendements ont été déposés en commission au Sénat, après l'utilisation précoce du 49-3 à l'Assemblée nationale.

«Reculer serait une faute politique», a martelé Manuel Valls. Ce serait une preuve de «courage politique», a rétorqué François Hommeril, devenu mercredi président de la CFE-CGC.

Le climat social est alourdi par les passes d'armes médiatiques. Voulant tempérer ses propos sur les militants de la CGT qu'il avait qualifiés de «terroristes», le patron du Medef Pierre Gattaz a concédé mercredi un mot «inadapté» tout en décriant «les méthodes de voyous employées par la CGT».

M. Martinez a annoncé une plainte pour diffamation contre M. Gattaz, qui a répliqué en appelant les entreprises touchées par les blocages à porter plainte pour «délit d'entrave à la liberté du travail».

- Trafic normal à la RATP -

A la SNCF, où les négociations d'entreprise sont dans leur phase finale, le trafic des trains était perturbé jeudi matin pour la deuxième journée consécutive, après la reconduction de la grève votée par toutes les assemblées générales. L'entreprise prévoit seulement 40% des Transiliens en circulation, le tiers des Intercités, la moitié des TER et six TGV sur dix.

Dans les transports publics parisiens, la CGT a appelé à partir de jeudi à une grève illimitée pour des questions salariales et contre le projet de loi travail. Mais à 6H15, le trafic était normal dans le métro, les bus, les tramways et les RER.

Côté ciel, le trafic s'annonçait légèrement perturbé jeudi, notamment à Orly et Lille où Air France a annulé 10% des vols, en raison d'une grève des contrôleurs aériens répondant à un appel de la CGT-fonction publique contre «l'inacceptable» loi travail.

En revanche, quatre syndicats de contrôleurs aériens, dont le principal, le SNCTA, ont levé leur préavis de grève pour le week-end, à la suite d'une réunion de négociation sur l'évolution des effectifs et des primes. Seule la CGT maintient la pression, mais le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies ne prévoit «pas de perturbations ce week-end dans l'aérien».

Les difficultés pourraient arriver plus tard: à Air France, la menace d'une grève des pilotes en juin s'est précisée, avec un préavis annoncé par le Spaf (deuxième syndicat) à compter du 11 juin. Le SNPL (majoritaire) doit, lui, se prononcer dans la semaine.

Du fait des grèves, six raffineries sur huit restaient «à l'arrêt ou au ralenti», selon la CGT-pétrole. Au terminal pétrolier havrais, qui approvisionne notamment les aéroports parisiens, la grève a été reconduite pour cinq jours.

Côté énergie, la CGT accentue son action avec un appel à la grève reconductible, tandis que la CFE-CGC-Energies et l'Unsa-Energies se joignent à la mobilisation jeudi. Un arrêt de travail allant de une heure à la journée entière jeudi a été voté dans 16 des 19 centrales nucléaires françaises.

Des militants ont passé Lorient et les environs de Cherbourg en tarifs heures creuses.