«Joindre OSS 117 c'était se perdre dans un monde parallèle»

EPISODE 16 Notre journaliste participe à Streetwars, un jeu de rôle grandeur nature qui réunit 250 participants...

Kone

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Dans le jeu grandeur nature Streetwars, il s'agit d'éliminer ses rivaux au pistolet à eau.
Dans le jeu grandeur nature Streetwars, il s'agit d'éliminer ses rivaux au pistolet à eau. — S.Pouzet / 20 MINUTES
EPISODE 16 - Notre journaliste participe à Streetwars, un jeu de rôle grandeur nature qui réunit 250 participants...

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Dimanche soir, tenter de joindre OSS 117, c’était encore se perdre dans un monde parallèle. «Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Henri Brogniard…» Dans la vraie vie OSS ne s’appelle pas Henri Brogniard. Le numéro est pourtant le bon. Mais la messagerie est simplement le résidu de la double vie qu’il a menée pendant un mois.

«Il y a des clients
qui sont tombés vendredi sur ma messagerie et qui n’ont pas compris. Ils m’ont demandé si j’avais perdu mon portable». Dans sa boîte d’informatique, OSS n’a rien dit de sa vie parallèle. Tant bien que mal, il a tenté de séparer vie professionnelle, vie privée et vie ludique. «Mais franchement, à la fin, je n’en pouvais plus de ces levers à 6h du matin pour aller traquer, de cette obsession permanente, raconte sa copine, venue assister dimanche soir à la remise des pris de fin du jeu dans un café du 20e. Jeudi, je lui ai dit: soit tu le tues, soit c’est moi qui le tue Et pas avec de l’eau». OSS a évité un drame. Il a tué lui-même le Supreme Commander. Et en dézinguant l’organisateur du jeu, il a raflé la mise, et définitivement éliminé tous les autres joueurs qui depuis jeudi, avaient le même objectif.

OSS n’a rien laissé au hasard. En un mois, il a fait quatre victimes. «La plus belle, c’est la première. Le mec était dans un restaurant d’entreprise avec un plateau dans les mains. Je lui ai tiré dessus devant plein d’employés estomaqués. Ca a fait son effet.» Il a aussi dû échapper à ses assassins, qui ont tenté tout et surtout n’importe quoi, se dissimulant par exemple dans de grands cartons frigo à l’entrée de son immeuble. En scooter, mobile, hyper prudent, il a déjoué tous leurs plans. Mais son chef-d’œuvre, il l’a gardé pour la fin. Personne ne savait où logeait le Supreme Commander. Les indices qu’il donnait sur le Web étaient trop elliptiques pour bien le localiser. Surtout, il était protégé en permanence par cinq gardes du corps (des joueurs qui s’étaient fait éliminés au cours des trois premières semaines et qu’il avait recrutés), prêts à faire don de leur corps pour le sauver.

OSS a donc dû feinter. Le tout premier jour, Supreme avait remis aux joueurs la photo de leurs cibles dans un hôtel du 5e arrondissement (Lire les épisodes précédents). Comme tous les survivants, OSS a voulu savoir s’il y vivait toujours. Bien sûr, il n’y logeait plus. Mais OSS est quand même allé voir sur place, a tanné la réceptionniste pour rentrer dans les fichiers, et a retrouvé le numéro de téléphone portable donné lors de la première réservation. Une fois muni du numéro, il fallait lui donner rendez-vous.

Avec la complicité de sa copine,
OSS décide de se faire passer pour Canal + et demande une interview: Supreme est d’accord, mais ne veut recevoir que dans son hôtel. OSS parvient à le convaincre en lui disant qu’il sera en sécurité car un taxi viendra le chercher . Supreme finit par accepter. Mais au moment où il est à quelques mètres du lieu de rendez-vous, Supreme reçoit un appel sur son portable. C’est le vrai Canal + : «Ben alors, on attendait de vos nouvelles». Supreme: «Ben j’arrive au rendez-vous». Canal: «Quel rendez-vous?» Supreme au chauffeur de taxi: «Foncez! Dégagez d’ici!». Le taxi obéit. Quelques instants plus tard, à un feu rouge, Supreme descend soudainement du véhicule et s’engouffre dans un autre taxi.

Loupé? Pas tout à fait
. OSS a bien pris soin de soudoyer le chauffeur du premier taxi avec un bon bifton. Il est en contact téléphonique avec lui. «Suivez l’autre taxi», ordonne OSS. Le chauffeur s’exécute, et à un stop, demande à son collègue où il se rend. Le chauffeur de Supreme indique le nom de l’hôtel. Supreme, qui ne parle pas français, n’a rien compris.
Ne reste plus qu’à le planquer. Samedi matin, OSS se pointe à 8h. Il connaît déjà tout: le réceptionniste, les habitudes de Supreme, ses horaires. Quasiment le nombre de sucres qu’il met dans son café. L’attente commence. OSS se planque à 300-400 mètres, «allongé dans un caniveau pour ne pas être repéré», mais il voit tout, muni de jumelles hyper performantes qui tiennent toutes seules et le laissent libre de ses mains. OSS attend… six heures, Jusqu’à ce que Supreme sorte de sa tanière. «Il est parti vers la droite» l’informe le réceptionniste. OSS enfourche son scooter, et se joue des gardes du corps qui accompagnent Supreme vers le métro. Splas ! Supreme est touché dans le dos. Il se défend et échange quelques jets. Mais il est déjà mort. «Fuck you», hurle-t-il à l’attention de ses gardes du corps trop naïfs, qui ont oublié de protéger ses arrières. Supreme est mort. OSS est grand. Les autres sont des perdants. J’en fais partie.

Pour l’anecdote et pour la flambe
, je ne peux toutefois m’empêcher de vous préciser que lors de la remise des prix, j’ai reçu mon lot de consolation. Un pistolet en argent qui me récompense du titre de «meilleur tueur». Il sera bientôt dignement accroché chez moi. Dessus, ne figure malheureusement pas mon Pseudo Kone dont j’avais promis de révéler la signification à la fin du jeu.

Ce n’était pas une insulte car Kone n’était pas précédé de «sale». Ce n’était pas une référence à l’ascenseur qui devait mener mes cibles vers l’échafaud. Ce n’était pas non plus une allusion au biscuit qui soutient les boules de glaces (bien que j’adore ça). Mais juste une dédicace comme certains d’entre vous l’avaient deviné, au joueur de foot Bakari Koné, attaquant niçois, petit, noir, vif et malin. Bref, tout ce que je ne suis pas. Ca a peut-être (j’en doute) participé à troubler mes assassins. Mais cela n’aura pas suffi. Les organisateurs ont toutefois déjà promis une deuxième édition parisienne du jeu d’ici quelques mois. Rendez-vous est pris.