Migrants: «changer de méthode» d'accueil pour empêcher les campements?

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Des policiers et gendarmes évacuent le camp de migrants installé sous le métro aérien près de la station Salingrad, à Paris le 2 mai 2016
Des policiers et gendarmes évacuent le camp de migrants installé sous le métro aérien près de la station Salingrad, à Paris le 2 mai 2016 — Geoffroy Van der Hasselt AFP

Faut-il s'habituer à voir resurgir des campements de migrants à Paris? Alors que plusieurs centaines de personnes ont été évacuées cette semaine, avec un hébergement relevant parfois du casse-tête, des voix s'élèvent pour appeler à «changer de méthode» d'accueil.

«Il est indigne de laisser dormir à la rue, dans des conditions insalubres et pendant plusieurs semaines, des personnes fragilisées par un parcours migratoire épuisant» a estimé lundi soir la maire de Paris Anne Hidalgo.

«Il est désormais impératif de changer de méthode. L’Etat doit accepter de proposer, au fil de l’eau, des solutions d’hébergement aux réfugiés», a-t-elle ajouté, en appelant l'Etat à la création d'un «véritable accueil de jour spécifiquement dédié aux migrants».

Lundi à l'aube, les pouvoirs publics avaient démantelé pour la troisième fois en deux mois le campement installé sous le métro aérien de la station Stalingrad, avec un bilan record de 1.600 personnes comptabilisées. Mercredi, ce sont 300 personnes environ qui ont été évacuées du lycée Jean-Jaurès.

En un an, on en est ainsi à plus de vingt opérations de ce type à Paris. Ce qui pose un casse-tête logistique croissant pour des autorités parlant de «mises à l'abri», avec la promesse d'un hébergement, et non d'«évacuations».

- «Report» depuis Calais -

Quelque 80 personnes n'ont pu ainsi être prises en charge à Stalingrad lundi, reconnaît-on à la Ville de Paris, où l'on déplore que l'Etat «attende une jauge importante pour agir».

D'autant que la capitale ressent les contrecoups de la politique menée à Calais, avec des «phénomènes de reports immédiats». «Depuis septembre 2015, nous arrivions à résorber les campements en quelques jours. On voit bien avec Stalingrad et Jean-Jaurès qu'il y a une arrivée extrêmement rapide ces derniers jours», souligne-t-on à la Ville.

Le sujet a été évoqué par Anne Hidalgo mardi lors d'une rencontre avec le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. «Le ministère a convenu qu'il fallait réfléchir au sujet de la prise en charge des migrants au fur et à mesure», indique-t-on du côté de la Ville, tandis que le ministère assure que «la fluidité du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile en Ile-de-France est une préoccupation constante de l'Etat».

Ces demandes de changement de braquet rejoignent largement celles des associations.

«Changer de méthode semble nécessaire et inévitable», estime Aurélie El Hassak-Marzorati, directrice générale adjointe d'Emmaüs Solidarité, qui a une idée précise de ce que pourrait être un accueil de jour: «un endroit avec des douches, des bagageries, et qui permettrait aussi une +pré-évaluation+ des migrants pour les orienter vers différents types d'hébergement».

- «Prétexte» -

Ce type de structure d'accueil peut être créé «très rapidement», selon elle, «en moins de deux mois», une fois les bâtiments et les fonds trouvés.

«L'accueil de jour ne remplace pas la mise à l'abri», estime toutefois Jean-Claude Mas, secrétaire générale de la Cimade, pour qui «c'est toute la chaîne qu'il faut repenser, afin de sortir de cette politique de l'intervention à contre-temps, une fois que la situation est embolisée».

Pierre Henry, directeur général de France Terre d'asile, plaide lui pour la mise en place de «structures de transit régionales» afin de désengorger Paris où le traitement de la demande d'asile, notamment, est totalement saturé.

«Ce n'est pas très compliqué si on a la volonté politique et si on met les moyens budgétaires», ajoute-t-il, en rappelant qu'«au bout du compte, ces évacuations coûtent très cher». Et pour lui, l'argument de l'appel d'air est un «prétexte»: «c'est absurde, les gens sont là, on n'est pas sur la route migratoire principale».

«L'autre argument, c'est que c'est difficile à porter politiquement dans les régions à un an des présidentielles. Mais en démocratie on est toujours en élection à un moment ou à un autre», ajoute-t-il, en regrettant la paralysie du pouvoir face au Front national: «à un moment, il faut peut-être affronter les vents contraires».