Omniprésent dans les médias, Macron reste ambigu sur ses intentions pour 2017

© 2016 AFP

— 

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, lors d'un débat organisé par le think tank "Politico" à Bruxelles le 18 avril 2016
Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, lors d'un débat organisé par le think tank "Politico" à Bruxelles le 18 avril 2016 — THIERRY CHARLIER AFP

La «star» Emmanuel Macron serait-elle en train de s'émanciper ? Porté par des sondages flatteurs, le ministre de l’Économie multiplie les initiatives médiatiques, alimentant les interrogations sur ses intentions pour 2017, malgré le rappel à l'ordre du chef de l'Etat.

Jeudi, à l'occasion d'un déplacement à Chartres avec François Hollande, le ministre de l’Économie ne s'est pas précipité pour apparaître sur la photo au côté du président. «Emmanuel n'est pas là», s'est même agacé M. Hollande.

Du bout des lèvres, entre deux selfies, Emmanuel Macron a affirmé à la presse être «très heureux d'être là» et avoir «toujours» joué collectif, comme l'y avait d'ailleurs enjoint un peu plus tôt le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Dans la soirée pourtant, le ministre de l’Économie a semblé plus que jamais enclin à jouer sa propre partition, appelant dès «maintenant» à une «recomposition de l'offre politique», dans une interview aux quotidiens régionaux du groupe Ebra.

«J'ai une loyauté personnelle envers François Hollande. Je lui dois de m'avoir fait confiance et de m'avoir nommé au gouvernement. En même temps, lorsqu'un président nomme quelqu'un ministre, il le fait parce qu'il pense que c'est bon pour son pays, pas pour en faire son obligé», a-t-il argué.

Une réponse directe à l'avertissement lancé sur France2 la semaine dernière par le chef de l'Etat: Emmanuel Macron «doit être dans l'équipe, sous mon autorité (...) C'est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie, il sait ce qu'il me doit, c'est une question de loyauté personnelle et politique».

Macron pas «l'obligé» du président? «Il va devoir s'expliquer», a estimé devant des journalistes le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. L'ex-ministre PS Jack Lang a pour sa part dénoncé un «comportement archi-individualiste, ultra-personnel».

Face à l'emballement suscité par sa phrase, le ministre a regretté auprès de l'AFP qu'elle ait été «sortie de son contexte», réaffirmant sa «loyauté personnelle» et son «respect» envers le président de la République. «Nous avons publié la phrase telle que prononcée par le ministre», s'est aussitôt défendu le groupe Ebra.

Mercredi, le Premier ministre Manuel Valls était lui aussi monté au créneau, en balayant le débat sur l'ISF lancé par M. Macron, et en lui demandant, comme à «chaque ministre, (...) d'être attelé à sa fonction, à sa mission».

- 'Projet présidentiel' -

Omniprésent dans les médias, M. Macron poursuit la construction de son mouvement «En marche!», qui compterait selon lui, après deux semaines d'existence, «plusieurs dizaines de milliers d'adhérents». A travers eux, il entend «dresser le bilan du pays» et présenter son «diagnostic à la fin de l'été».

L'objectif ? «Nourrir un projet présidentiel», que M. Macron n'exclut pas d'incarner. «C'est seulement après avoir établi un diagnostic et proposé un plan d'action que se posera la question de la personne», explique-t-il.

Ces initiatives, «ça donne du mouvement, de l'énergie (...) Mais attention à l'esprit collectif, Macron crispe ses propres amis», met en garde un proche du chef de l'Etat. «Il va être temps que ça s'arrête. Ministre, ça veut dire serviteur», tranche un ami du président.

Dans les médias et les sondages, la «macronmania» bat en tout cas son plein. Selon une étude Viavoice publiée jeudi par Libération, il ferait «un bon président de la République» pour 38% des Français (devant Manuel Valls, 28%, et Martine Aubry, 21%).

Il est également jugé comme le «meilleur candidat pour représenter la gauche», aussi bien par l'ensemble des Français que par les sympathisants de gauche.

Ces résultats doivent toutefois être nuancés: selon une étude Ifop publiée mardi, seuls 16% des Français seraient prêts à voter pour Macron au 1er tour (face à Arnaud Montebourg mais en l'absence de François Hollande).

Pourrait-il se présenter face à Hollande ? «Il a une loyauté absolue envers le président de la République», même si certains le poussent à sauter le pas, assure un député proche du ministre.

L'indépendance affichée de Macron serait avant tout tactique, selon cette source: «si Macron est présenté comme le rabatteur auprès de Hollande des voix du centre, ça ne marchera pas».

La droite n'a pas manqué jeudi de faire son miel de ces tiraillements: «j'ai envie de dire à Emmanuel Macron: +Lancez-vous vraiment dans le bain, affrontez tout de suite François Hollande!+», a lancé le candidat à la primaire de la droite Bruno Le Maire.