Comprendre le «désastre sanitaire aux Antilles»

SANTE Le cancérologue Dominique Belpomme rend ce mardi son rapport sur les pesticides aux Antille...

B. B. (avec AFP)
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Les Antilles sous tension. La Martinique et la Guadeloupe sont « empoisonnées » par les pesticides, selon le cancérologue Dominique Belpomme, auteur d'un rapport qui doit être rendu public aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

· Une catastrophe sanitaire ? « Les expertises scientifiques que nous avons menées sur les pesticides conduisent au constat d'un désastre sanitaire aux Antilles », estime le professeur en poste à l'hôpital Pompidou dans un entretien au Parisien paru hier. Evoquant « une affaire plus grave que celle du sang contaminé », Dominique Belpomme indique que l'ensemble des surfaces sont polluées : les eaux, les sols, et même l'alimentation. Parmi les pesticides visés, figurent le chlordécone - interdit en France depuis 1990 et depuis 1993 aux Antilles, qui a une durée de toxicité d'un siècle - et le paraquat, retiré du marché en juillet seulement.

· Des effets sur la santé Le professeur Belpomme a constaté que les taux de cancers de la prostate et du sein étaient « majeurs » aux Antilles, mais il précise que pour l'instant, il n'a pas de « preuve épidémiologique » que ces cancers sont liés aux pesticides.

· Les politiques se réveillent Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a jugé hier la situation «très grave», avec des «conséquences sanitaires», notamment sur la «qualité des terres». Sa collègue de la Santé, Roselyne Bachelot, a, elle, tenté d'éteindre l'incendie. «Les inquiétudes du professeur Belpomme ont besoin d'être confirmées par des études scientifiques», a tempéré la ministre, invitant néanmoins Martiniquais comme Guadeloupéens «à la plus grande précaution». Elle leur a même conseillé «de ne pas consommer plus de deux fois par semaine» des produits ne provenant pas du commerce. Pas de quoi franchement les rassurer. Les socialistes, eux, ont réitéré leur demande d'une commission d'enquête parlementaire, déjà déposée en juillet.

· Une véritable économie locale Les producteurs agricoles antillais ont vivement réagi hier, réclamant une «véritable» étude scientifique des pouvoirs publics. Le rapport Belpomme donne «l'impression que les gens meurent comme des mouches, ce qui est loin d'être la réalité», s'est insurgé Christian Choupin, directeur général des producteurs de bananes dans les Antilles. La production antillaise de bananes s'élève à près de 260.000 tonnes par an (210 000 en Martinique, 50 000 en Guadeloupe). La filière emploie 15.000 personnes, pour un chiffre d'affaires de 220 millions d'euros, auquel s'ajoutent 130 millions d'euros d'aides européennes. L'ouragan Dean a détruit, le 17 août dernier, la totalité de la production en Martinique et plus de la moitié de celle de la Guadeloupe. L'ouragan Belpomme fera-t-il pire ?