« Il faut engager des assises de la gauche »

INTERVIEW – Manuel Valls, député-maire PS d'Evry…

Trois mois après la défaite de mai, l'ambiance est toujours détestable au PS...

Il est normal qu'après le double échec du printemps et la troisième défaite consécutive à une présidentielle, les socialistes s'interrogent et vivent un moment difficile. Il faut trancher des questions que nous n'avons jamais voulu trancher. Le processus de refondation du PS doit déboucher sur du concret. Or, la direction du parti a choisi de renvoyer ces questions à un congrès ordinaire en 2008 qui ne réglera rien, tant le PS est pris dans un carcan de courants, d'écuries présidentielles et de synthèses molles.

La refondation n'est pas partagée par tous au PS...

C'est vrai. Certains pensent que la défaite de 2002 était un accident, et que celle de 2007 est due uniquement à Ségolène Royal. Un autre candidat aurait soi-disant gagné cette élection « imperdable ». Ceux-là pensent qu'il suffit d'attendre le rejet de la politique de Nicolas Sarkozy et une victoire aux élections municipales, pour qu'après dix ans dans l'opposition, l'alternance soit naturelle en 2012. D'autres pensent qu'on a perdu parce que nous ne sommes pas assez à gauche. Il est temps de nous affranchir de ces oripeaux gauchistes. La gauche française est la seule en Europe à n'avoir jamais su garder le pouvoir.

Rien ne se fera avant le congrès prévu en 2008...

On ne peut pas attendre l'année prochaine ! Il faut un acte fort, qui engage des assises de la gauche ou un congrès extraordinaire du PS.

La direction du PS s'y refuse...

François Hollande n'a pas voulu quitter la direction du PS. Cette décision lui appartient. Je constate qu'au bout de dix ans, Tony Blair, qui n'a perdu aucune élection en Angleterre, a quitté le pouvoir et la tête du Parti travailliste, et qu'en France, les dirigeants socialistes, après les défaites que nous avons connues, restent et annoncent même qu'ils le font pour mieux préparer leurs ambitions pour 2010.

Dites-vous, comme Claude Allègre, qu'Hollande a «foutu un bordel noir » ?

On peut avoir un débat d'idées élégant et digne. Allègre a dû quitter le gouvernement Jospin en 2000 parce que son ton avait bloqué toute réforme de l'Education nationale. J'attends toujours son autocritique, avant qu'il ne distribue des insultes à l'égard de certains. Je ne sais pas s'il est un grand scientifique. En tout cas, il est un piètre politique. Enfin, ça fera vendre son livre...

On vous prête de grandes ambitions. Premier secrétaire en 2008, candidat en 2012...

Je connais bien le PS. Pour atteindre le premier objectif - laissons le second pour l'anecdote - je sais que le plus sûr moyen est de ne rien dire. Ce qui n'est pas vraiment mon cas... Je suis député, réélu avec plus de 60 %, et maire d'une ville passionnante comme Evry. J'ai de l'ambition pour mon parti et pour la gauche. Que cette ambition soit auscultée et que j'ai envie un jour de porter les idées d'une gauche moderne, ça n'échappe à personne, mais ça ne se décrète pas. La question aujourd'hui n'est pas de choisir le premier secrétaire du PS, ni le candidat de 2012, mais de mener le débat sur la refondation. Et ce débat, j'y participe.