Les gladiateurs envahissent Arles

Sarah Marengo

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Vous pourrez aussi assister à de spectaculaires courses de char...
Vous pourrez aussi assister à de spectaculaires courses de char... — association peplum
Les journées romaines mêlent reconstitutions, projections et spectacles jusqu'au 27 août...

En matière de gladiateurs, les clichés ont en général la peau aussi dure que leurs cuirasses. «Les histoires de pouce vers le haut ou le bas pour demander une mise à mort, soyons clairs, ça n’a jamais existé; on ignore aussi que les gladiateurs signaient un contrat et étaient volontaires. Parmi eux, on comptait même des femmes…», ne se lasse pas de répéter Brice Lopez, fondateur de la société Acta, spécialisée dans la reconstitution minutieuse de combats de gladiateurs ou de courses de chars romains.

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Derrière lui, une quinzaine d’enfants s’essaie timidement aux techniques antiques, bouclier et glaive en bois à la main. «Unus, duo, tre! Ce n’est pas l’arme qui fait le combattant. Rien à voir avec les jeux vidéo, il faut de longues années d’entraînement!», s’époumone Brice, courte tunique blanche et spartiates de circonstance aux pieds. Bienvenue à Arelate, les journées romaines d’Arles, 20e édition. Des films projetés dans les arènes, des reconstitutions historiques, des spectacles, des conférences, des écoles de gladiateurs disséminés un peu partout dans la ville qui revit pendant une semaine sa glorieuse époque antique.

Lutter contre les idées reçues

«C’est long comme un jour sans fin cette toge», peste Michel, retraité transformé en riche sénateur pour le défilé romain. Comme lui, quelques fidèles Arlésiens se prêtent chaque année au jeu de la reconstitution. Saluant très professionnellement la foule du haut de son char, Louis, 77 ans, endosse à merveille et depuis vingt ans le rôle de Jules César: «franchement, au début, on n’y croyait pas et ça a continué».

Vingt ans que le festival essaie de sensibiliser le public à l’époque antique et lutter contre les idées reçues. «C’est fou la quantité d’images désuètes et fausses qui ont été véhiculées au XIXe et dans les années 1950, à la grande époque des péplums! Avec l’aide de «reconstituteurs», on essaie de rétablir au maximum la vérité historique», s’amuse Danielle Vallette, président de l’association Péplum.

Violence, vie et mort

«Au moment de la projection de Gladiator, je serai là pour expliquer au public ce qui est faux. Lors de la première mondiale de ce film, on était même présents aux côtés de Ridley Scott et ça ne nous a pas empêchés de le critiquer», rappelle fièrement Brice. Autour de lui, place de la mairie, la foule se presse, soufflée par la violence mais aussi l’authenticité des combats de gladiateurs professionnels qui n’hésitent pas à frapper pour de bon. Un succès qui est loin d’étonner Brice : «Ces ludi, ces jeux romains ont une véritable fonction apothropaïque (qui «ôtent les maux»): confronté à la violence, aux notions de vie et de mort, le public y faisait face et apprenait à mieux canaliser de telles émotions. C’est une philosophie qui est parfaitement applicable aujourd’hui, en rapport direct avec notre culture méditerranéenne. Je suis sûr qu’il y a quelque chose à faire, c’est comme une mission que je me suis fixée», explique Brice. Un rêve peut-être prêt à devenir réalité: cette semaine, alors que la rentrée n’a pas encore sonné, l’école de gladiateurs elle, ne désemplit pas.
Pour en savoir plus :

Arelate,
à Arles jusqu’au 27 août. 04 90 18 41 20. A ne pas manquer : la grande reconstitution romaine de ce week-end.

Parc Gallo-Romain de Beaucaire (Gard) : 04 66 20 27 76
Gladiateurs, des sources à l’expérimentation, Eric Teyssier et Brice Lopez. Ed. Errances (2006).