Evrard, un parcours instable rythmé par ses pulsions

Sa. C.

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Faisant référence à Francis Evrard, pédophile récidiviste, qui a enlevé et violé la semaine dernière à Roubaix un enfant de cinq ans, M. Sarkozy a dit ne pas comprendre que "quand on a été condamné à 27 années de prison, on en fasse 18".
Faisant référence à Francis Evrard, pédophile récidiviste, qui a enlevé et violé la semaine dernière à Roubaix un enfant de cinq ans, M. Sarkozy a dit ne pas comprendre que "quand on a été condamné à 27 années de prison, on en fasse 18". — AFP/Archives

Devenu l’incarnation des failles du système judiciaire face aux délinquants sexuels les plus dangereux, Francis Evrard a passé près de trente ans derrière les barreaux. Le parquet de Lille doit désormais se pencher sur son parcours et sa personnalité, avec en filigrane une question : Francis Evrard, multirécidiviste de 61 ans qui réclame aujourd’hui les soins qu’il a abandonnés hier, peut-il être guéri ?

Violé à 10 ans

De ses auditions en garde à vue, Francis Evrard livre quelques éléments sur son passé. Né le 12 juillet 1946, à Roubaix, il aurait été victime d’un pédophile dans son enfance. «J’ai été violé par un homme vivant dans mon quartier à l’âge de 10 ans», affirme-t-il aux enquêteurs, selon «Le Parisien».

Issu d’un milieu défavorisé, il alterne petits boulots et périodes de chômage. Un parcours instable auquel s’ajouteront plus tard des années d’emprisonnement. En 1975, il écope de 15 ans de réclusion criminelle pour des attentats à la pudeur sur mineurs. Dix ans plus tard, alors qu’il n’a pas purgé la totalité de sa peine, il est de nouveau condamné, à quatre ans de prison, pour des faits identiques. Cinq semaines après sa libération, en 1987, il récidive et enlève deux enfants, de sept et huit ans, qu’il viole. En 1989, la cour d’assises de Douai le condamne à vingt-sept ans de réclusion, dont dix-huit de sûreté.

Incarcéré au centre de détention de Caen, Francis Evrard essaie d’obtenir un assouplissement de peine en suivant un traitement hormonal. Mais il arrête de prendre ses médicaments. Il est libéré dix-huit ans plus tard, le 2 juillet 2007. Décrit par les psychiatres comme «un pervers pédophile dangereux», selon le parquet de Lille, il est placé sous un régime particulier de surveillance lors de sa remise en liberté, avec obligation de soins. Il doit également se présenter régulièrement aux convocations du juge d’application des peines et signaler tous ses déplacements en dehors de Rouen, ce qu’il ne fait pas. Le 15 août, il est retrouvé à Roubaix avec Enis, un garçon de cinq ans qu’il est suspecté d’avoir violé.

Manipulateur et prédateur

Elément trouble de la personnalité d’Evrard, son rapport à la récidive. Alors qu’il a abandonné des soins lors de sa dernière période de détention, il les réclame aujourd’hui. «Je voudrais pour une fois qu’on m’écoute et qu’on me soigne», déclare-t-il ainsi aux enquêteurs lors de sa garde à vue. Réelle volonté de cesser ses crimes ou tentative de manipulation ? Car dans le même temps, Evrard maintient avoir «connu une quarantaine d’enfants», sans que les enquêteurs n’aient pu confirmer ses dires. Pire: lors de son incarcération à Caen, il abuse un médecin vacataire, qui le suit pourtant depuis sept ans, selon «Le Figaro» , et lui réclame une ordonnance pour du Viagra en prétextant vouloir rencontrer des femmes à sa sortie de prison. Il affirme maintenant ne pas y avoir eu recours avec l’enfant, ce que les analyses toxicologiques vérifieront dans les jours qui viennent. Il confirmera par ailleurs aux enquêteurs ne pas être «attiré sexuellement par les femmes». Après sa libération, il se rapproche d’une femme de trente ans mais «il ne s’est rien passé», précise-t-il.

Sa cible reste les enfants. Les plus jeunes, de préférence. «Avec les 7-8 ans, c’est plus facile», explique-t-il. Il les approche selon un mode opératoire bien rôdé, dans «les parcs et les salles de jeux». Pour les attirer avec lui, il trouve une stratégie : «On leur promet de l’argent et ça marche.» Il affirme être mû par une pulsion mais ne s’attaquer qu’aux enfants qui lui sont inconnus. «On ne touche pas aux enfants de la famille», déclare-t-il aux enquêteurs. S’il confirme qu’il portait bien un couteau, il soutient ne pas avoir frappé l’enfant. Et après le viol, il comptait «ramener l’enfant le lendemain. Je ne peux pas tuer un enfant,» affirme-t-il. Le 17 août, le sous-directeur de la police judiciaire, Gilles Leclair, déclarait pourtant que sans le déclenchement du plan Alerte enlèvement, Enis n’aurait «pas été retrouvé vivant».