«Un pédophile dangereux ne parvient pas à mettre ses actes en pensées»

INTERVIEW Une psychologue clinicienne, ancienne experte près des tribunaux, répond à nos questions sur la pédophilie…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Le pédophile Francis Evrard, âgé de 61 ans, avait été interpellé mercredi soir à Roubaix alors qu'il se trouvait dans un garage avec Enis, cinq ans, qu'il avait enlevé quelques heures plus tôt. Les policiers avaient découvert en sa possession une plaquette entamée de Viagra, médicament contre l'impuissance masculine.
Le pédophile Francis Evrard, âgé de 61 ans, avait été interpellé mercredi soir à Roubaix alors qu'il se trouvait dans un garage avec Enis, cinq ans, qu'il avait enlevé quelques heures plus tôt. Les policiers avaient découvert en sa possession une plaquette entamée de Viagra, médicament contre l'impuissance masculine. — AFP/Archives
Interview de Elisabeth Castells-Mourier, psychologue clinicienne, ancienne experte près la cour d'appel de Montpellier qui a travaillé longtemps avec des pervers pédophiles.
 
Comment devient-on pédophile?

 
Il est évidemment impossible de généraliser. Chaque cas est spécifique. Il est possible toutefois de remarquer que la grande majorité des pédophiles ont vécu une relation inaffective avec leurs mères ou leurs tuteurs quand ils étaient nourrissons. Une mère banale - je n'aime pas le mot «normal» - permet à l'enfant de bénéficier d'un «pare-excitation», grâce auquel il peut transformer une excitation en quelque chose de socialisable. Les pédophiles n'en ont souvent pas profité.

Beaucoup également ont été victimes de pédophiles ou de relations incestueuses quand ils étaient enfants. L'acte pédophile leur permet de reproduire ce qu'ils ont subi et de retrouver en quelque sorte leur enfance perdue en volant l'enfance d'un autre. Ce qui les intéresse n'est d'ailleurs pas tant l'enfant en tant que tel mais les caractéristiques de l'enfance comme une peau glabre.
 
Est-il possible de se soigner?
 
Là encore, pas de généralités. Il existe des chimiothérapies tout à fait efficaces. Mais il faut absolument les accompagner d'un traitement psychothérapeutique désiré par le patient car, sinon, l'énergie pulsionnelle est toujours là. Pour se soigner définitivement, un pervers pédophile doit être capable d'avoir une représentation psychique de ses actes, c'est-à-dire avoir une idée de leur gravité qui l'empêche de récidiver.
 
Comment est-il possible de repérer les profils dangereux que Nicolas Sarkozy veut hospitaliser dans un établissement fermé après leur sortie de prison?
 
C'est justement la capacité qu'ont les pédophiles ou non à mettre en pensée leurs actes. Pour s'en rendre compte, un vrai psychiatre - et non pas des assistantes sociales comme c'est parfois le cas - doit leur faire passer quatre à cinq entretiens d'une heure environ. Cela permet d'avoir une idée du fonctionnement psychique d'un individu. Et ce, même si le pédophile raconte des histoires et ne se dit plus attiré par les enfants. Concernant ceux qui refusent les soins, je rejoins (malheureusement) la radicalité sarkozyenne sur l'enfermement dans un hôpital spécialisé. Mais il faut toujours leur laisser une chance, il est impossible de faire des généralités.