«L’arsenal est suffisant pour lutter contre la récidive, à condition d’y mettre les moyens»

REACTION Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (gauche).

Propos recueillis pas Sandrine Cochard

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Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (gauche), réagit aux annonces faites hier par Nicolas Sarkozy.

Que pensez-vous des mesures annoncées lundi par Nicolas Sarkozy pour lutter contre la récidive des délinquants sexuels ?

Elles ne vont pas dans le bon sens. En créant un enfermement psychiatrique derrière un enfermement pénitentiaire, Nicolas Sarkozy soulève le problème du temps passé en prison. A quoi sert-il s’il ne permet pas de préparer la sortie du détenu? On a le sentiment que c’est un temps mort alors qu’il pourrait être décisif. En misant sur les lourdes peines sans penser l’accompagnement du détenu, l’Etat ne se donne pas les moyens de lutter efficacement contre la récidive. Pire, en supprimant la remise de peine pour les délinquants sexuels, Nicolas Sarkozy propose un retour en arrière là où la loi Perben 2, qui donnait une date de sortie aménageable au détenu, leur ouvrait ainsi une perspective.

Le cas de Francis Evrard soulève néanmoins le problème des multirécidivistes…
Oui, mais tous les délinquants sexuels ne sont pas des malades psychiques. De plus, la place accordée à l’expertise, qui devra déterminer si un détenu doit être confiné en hôpital fermé, me choque : on demande désormais aux psychiatres de prédire l’avenir. On fait de l’expertise une science exacte, ce qu’elle n’est pas, comme nous l’avons vu lors de l’affaire Outreau.

Vous pensez donc que la lutte contre la récidive doit se concentrer sur l’accompagnement du détenu…
Oui. Je pense que l’arsenal juridique est suffisant pour lutter contre la récidive, à condition d’y mettre les moyens, c’est-à-dire plus de médecins et plus de travailleurs sociaux pour préparer la sortie du détenu. Le suivi socio-judiciaire, mis en place en 1998, est une mesure très intéressante qui fonctionne très bien lorsque le travail est coordonné. Or, nous manquons aujourd’hui de soignants : certaines prisons n’ont pas de psychiatres et la moitié des centres pénitenciers français n’ont pas de médecin coordonnateur, qui aiguille le détenu vers des spécialistes à sa sortie de prison.