La Martinique a été balayée vendredi, tout comme ses voisines caraïbes, par le cyclone Dean, de catégorie 2 (sur une échelle qui en compte 5), qui a fait un mort par crise cardiaque, six blessés, et privé d'électricité les deux tiers des habitants.
La Martinique a été balayée vendredi, tout comme ses voisines caraïbes, par le cyclone Dean, de catégorie 2 (sur une échelle qui en compte 5), qui a fait un mort par crise cardiaque, six blessés, et privé d'électricité les deux tiers des habitants. — AFP/RFO

ECONOMIE

«Il ne reste plus un seul pied de bananiers»

Après le passage de l'ouragan Dean sur les Antilles, les planteurs, sinistrés, attendent des aides d'urgence de l'Etat…

« Les Antilles ne sont pas défigurées. » Malgré l’optimisme affiché ce lundi matin par Christian Estrosi, le secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer, arrivé dimanche de Guadeloupe et de Martinique, le bilan du cyclone Dean s’établit déjà autour de 200 millions d’euros de dégâts dans les deux îles. Si les dommages sur les infrastructures touristiques semblent limités, il n'en va pas de même pour l’agriculture. En Martinique, «il ne reste plus un seul pied de bananiers debout, on est à 100 % sinistré», déplore Eric de Lucy, de l’Union des producteurs du fruit. Il faut dire que la plante ne résiste pas à des vents de plus de 80 km/h, et que ceux de Dean ont atteint 170 km/h....

La filière de la banane est pourtant essentielle à l’économie locale. Elle emploie près de 17.000 personnes (c’est le premier employeur privé) et exporte chaque année quelque 250.000 tonnes, principalement en métropole. Il faudra entre six et dix-huit mois, selon l’importance des dégâts, pour que les plantations martiniquaises produisent à nouveau. En attendant, les agriculteurs, soutenus par les élus, devraient obtenir le classement en état de catastrophe naturelle et de calamité agricole. Une réunion interministérielle, organisée lundi après-midi à Matignon, doit trancher le sujet. Ce lundi matin, Christian Estrosi évoquait déjà la création d'un «fonds de secours» pour venir en aide aux planteurs. Quant à Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, elle a annoncé l’envoi sur place, dans les trois jours, «d’une mission d’experts afin d’établir une évaluation précise de la nature et du coût des dégâts occasionnés». La ministre a donné des instructions aux préfets pour que les dossiers de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle «soient instruits le plus rapidement possible».

Reste que le cyclone tombe bien mal pour les producteurs antillais, qui souffrent depuis plusieurs années de la concurrence des plantations latino-américaines. Pour la plupart détenues par des multinationales américaines (Del Monte, Dole…), elles bénéficient d’une main-d’œuvre beaucoup moins chère que les Antilles, et ont largement grignoté les parts de marché en Europe. En France, avant Dean, seules 10 à 15 % des bananes vendues provenaient de Guadeloupe et de Martinique.