L'affaire du pédophile Francis Evrard, écroué pour les rapt et viol d'Enis à Roubaix (Nord), suscite de nombreuses questions et la "consternation" de la famille de l'enfant après la découverte en la possession du récidiviste de Viagra qui aurait pu lui être prescrit en prison.
L'affaire du pédophile Francis Evrard, écroué pour les rapt et viol d'Enis à Roubaix (Nord), suscite de nombreuses questions et la "consternation" de la famille de l'enfant après la découverte en la possession du récidiviste de Viagra qui aurait pu lui être prescrit en prison. — François Lo Presti AFP

PEDOPHILIE

L'accès au dossire judiciaire des délinquants sexuels au coeur de l'affaire Enis

Un médecin a avoué avoir prescrit du Viagra à Evrard...

Comment un médecin de prison peut-il prescrire du Viagra a un délinquant sexuel multirécidiviste? C'est pourtant ce qu'a fait un médecin du centre pénitentiaire de Caen pour Francis Evrard, violeur présumé du petit Enis.

Le praticien a expliqué avoir établi cette ordonnance en juin. Il a souligné qu'il n'avait «pas eu accès au dossier judiciaire de son patient», condamné en 1975, 1985 et 1989 pour des attentats à la pudeur et des viols sur mineurs.

Une situation légale

«Les médecins n'ont pas accès au fichier pénal des détenus et l'administration pénitentiaire n'a pas plus accès au dossier médical», explique Patrick Marest, porte-parole de l'Observatoire international des prisons (OIP). En effet, depuis 1994, les médecins des prisons ont le même statut que ceux des hôpitaux régionaux, alors qu'auparavant ils dépendaient du ministère de la Justice.


Actuellement, selon l'Administration pénitentiaire (AP), le dossier pénal du détenu «n'est pas transmis systématiquement» au médecin, mais celui-ci peut le demander s'il l'estime «nécessaire».

«N'importe qui aurait pu se faire piéger»

Rachida Dati a déclaré lundi qu'il faudra que «l'administration pénitentiaire puisse avoir accès au dossier médical de la même manière que les médecins puissent avoir accès au dossier pénitentiaire».

«N'importe quel médecin aurait pu se faire piéger», a affirmé le Dr André Deseur un responsable du Conseil national de l'ordre des médecins. «Nous prescrivons à la suite d'un entretien et après avoir pris la tension du patient».

«Rencontrer des filles»

Francis Evrard aurait indiqué au médecin vouloir «rencontrer des filles» après sa sortie de prison, le 2 juillet, d'après les mêmes sources. Son avocat Me Jérôme Pianezza avait indiqué samedi qu'il avait demandé du Viagra car il souffrait de «troubles de l'érection». Le pédophile terminait alors une peine de 27 ans de réclusion criminelle pour viols sur mineurs.

75 % de délinquants sexuels

Des surveillants du centre pénitenciaire ont vivement critiqué la prescription de Viagra à Francis Evrard par un médecin attaché à la prison. «Quand on sait que 75% des détenus (à Caen) sont des délinquants sexuels, on ne prescrit pas comme ça du Viagra, je trouve ça inadmissible».

Par ailleurs, ils affirment avoir averti la direction de la dangerosité du pédophile récidiviste. «Nous avons signalé à notre hiérarchie qu'il (Evrard) tenait des propos dangereux, il disait par exemple qu'il souhaitait se rendre dans des pays où ce serait facile d'avoir des enfants», a indiqué lundi, sous couvert de l'anonymat, un responsable de l'UFAP appartenant au personnel de surveillance de ce centre.

«Il ne pensait qu'à ça»

Evrard «ne pensait qu'à ça en sortant, pour moi ce n'est pas une pulsion qu'il avait, mais quelque chose de bien réfléchi», a estimé ce responsable en précisant avoir fréquenté le pédophile pendant une dizaine d'années dans le cadre de son travail au centre pénitentiaire de Caen.