2015: presse, télés, sports ou jeux... les nouveaux médiavores font leur marché

© 2015 AFP

— 

Patrick Drahi, le président du groupe de médias et de télécoms Altice, le 24 juin 2015 à Paris
Patrick Drahi, le président du groupe de médias et de télécoms Altice, le 24 juin 2015 à Paris — MIGUEL MEDINA AFP

Ils rachètent des journaux, des télés, des groupes internet, des jeux vidéos, les droits du foot: 2015 a révélé les ambitions de nouveaux «médiavores» aux visées internationales, Patrick Drahi et Vincent Bolloré en tête, au coeur d'une vague de concentration des médias.

Hyperactif cette année, Patrick Drahi, patron de l'empire télécoms Altice (SFR), présent dans 9 pays, parie sur les contenus pour attirer les millions d'abonnés télécoms.

C'est en France qu'il crée le noyau dur de son groupe de médias. Après «Libération» l'an dernier, il a repris cette année «L'Express» et une vingtaine d'autres magazines, acquis 49% de NextradioTV (RMC, BFMTV...), dont il pourra prendre le contrôle en 2019. Il a raflé à Canal+ les droits TV du championnat d'Angleterre de football 2016-2019 pour 100 millions d'euros par an, exclusivement pour les abonnés SFR. Enfin, SFR vient de lancer son offre de vidéo par abonnement, Zive.

Patrick Drahi, patron en Israël du groupe Hot (télévision, téléphonie) et de la chaîne d'info i24news, possède aussi les cablo-opérateurs américains Suddelink et Cablevision, le premier journal gratuit américain, «AM NewYork», ou encore la chaîne régionale «News 12». Mais il vise plus haut et entend créer un groupe médias international de plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires.

Face à lui, Vincent Bolloré, tout aussi ambitieux, qui a pris cette année le pouvoir à Vivendi et Canal+ avec seulement 15% du capital, et annonce vouloir créer un grand groupe centré sur les médias. Il dispose pour cela d'une dizaine de milliards de trésorerie, grâce à la vente de SFR à Drahi l'an dernier. Son crédo: des contenus exclusifs.

Cette année, il a démarré ses acquisitions: la plateforme internet Dailymotion, 49,9% du groupe de production Banijay-Zodiak, une partie du capital d'Ubisoft, n°3 mondial des jeux vidéos, et de Gameloft (jeux pour smartphone), les radios en ligne Radionomy. Il a aussi déboursé 250 millions d'euros pour retenir pendant 5 ans l'animateur Cyril Hanouna, vedette de sa chaîne D8 - dont la société de production appartient d'ailleurs à Banijay. Il a enfin obtenu l’exclusivité de la diffusion de la chaîne Eurosport sur son bouquet payant CanalSat.

- Tourbillon -

D'autres grands patrons collectionnent eux aussi les titres, d'autant que, crise aidant, les médias ne coûtent pas cher.

Xavier Niel, patron de Free, et le banquier Matthieu Pigasse, qui avec Pierre Bergé détiennent déjà le groupe Le Monde et L'Obs, lorgnent sur l'audiovisuel: ils ont créé un fonds de 500 millions d'euros avec le producteur Pierre-Antoine Capton pour des rachats en France ou à l'international.

Dans la presse, Bernard Arnault (LVMH), propriétaire des Echos, a racheté le quotidien «Le Parisien» tandis que «Le Figaro» (groupe Dassault) a repris le groupe CCM-Benchmark, devenant le leader français d'internet en terme d'audience, juste dèrrière les géants américains comme Google et Facebook.

Egalement en quête de contenus en propre, TF1 va avaler Newen, 3e producteur français, pour créer un champion européen des contenus. Une diversification indispensable alors que la télévision est concurrencée par internet.

Les analystes sont unanimes: le tourbillon va continuer.

Les médias attirent, mais gagner de l'argent dans ce secteur reste un casse-tête. Leurs nouveaux propriétaires réduisent les coûts, en diminuant les effectifs, comme à Libération et L'Express, en fermant des imprimeries, comme au Parisien ou au Monde, ou en créant des synergies entre les rédactions.

Ils testent aussi des modèles payants, avec davantage de pages payantes sur les sites d'info ou lancent des abonnements vidéo illimités à quelques euros par mois. Même l'INA s'y est mis.

«Mais il n'est pas du tout évident qu'il y ait un sens économique à intégrer tuyaux télécoms et contenus. Il faudra à Altice vendre beaucoup d'abonnements vidéos à 10 euros par mois pour rentabiliser des droits de 100 millions d'euros par an pour une seule compétition de foot!», avertit Matthieu de Chanville, expert médias chez A.T. Kearney.