«Prévenir la récidive des délinquants sexuels nécessite organisation et synergie»

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Les statistiques de Nicolas Sarkozy sur les récidivistes et les propos de Ségolène Royal sur les centres pour mineurs délinquants, avancés lors de leur débat, laissaient dubitatifs jeudi experts et syndicats de magistrats.
Les statistiques de Nicolas Sarkozy sur les récidivistes et les propos de Ségolène Royal sur les centres pour mineurs délinquants, avancés lors de leur débat, laissaient dubitatifs jeudi experts et syndicats de magistrats. — Norbert Millauer AFP/DDP/Archives

Le Dr Roland Coutanceau, psychiatre criminologue des Hôpitaux et responsable d’une consultation spécialisée, détaille le suivi qui accompagne les délinquants sexuels à leur sortie de prison. Il est également l’auteur d’un ouvrage sur les violences conjugales, «Amour et violences (Odile Jacob).
 
Après l'affaire du petit Enis, le débat sur la récidive et le suivi des délinquants sexuels est relancé. Quel suivi médical leur est proposé ?
Dans le meilleur des cas, le suivi est assuré en prison. Lorsqu’une obligation de soins accompagne sa libération, le détenu prend contact avec un centre de consultation près de chez lui. Certains sont très demandeurs de ce suivi, d’autres rechignent à s’y contraindre. L’accompagnement psychologique se fait en trois temps. On évalue d’abord la dangerosité du sujet, en fonction de sa personnalité, de sa capacité à prendre conscience de ses actes et des conséquences pour sa victime, de sa sexualité et de son comportement face à la loi et au suivi. Puis on l’oriente vers une prise en charge adaptée voire, pour certains, la prescription d’un traitement anti-hormonal. Une personne qui accepte facilement l’obligation de soins sera dirigée vers une psychothérapie individuelle. Les plus récalcitrants seront inscrits à une thérapie de groupe, pour partager ses expériences permettant de prendre conscience de ses actes. Enfin, les plus dangereux, ceux qui risquent de récidiver ou sont assaillis par leurs fantasmes sans pouvoir les contrôler, subissent un traitement anti-hormonal sur plusieurs années, qui permet de baisser la fréquence de leurs fantasmes voire, à haute dose, d’éradiquer leur sexualité.
 
Est-ce définitif ?
Non, le traitement freine ou suspend temporairement les pulsions sexuelles. Lorsque le traitement arrêté, comme cela peut être le cas si des effets secondaires ou des complications font courir un risque à la santé du détenu, le système hormonal se remet en place, comme avant le traitement. C’est pourquoi le bracelet électronique me paraît être une bonne piste. Les délinquants sexuels soumis à la tentation n’y cède pas, par peur d’être repéré.
 
Comment détectez-vous les récidivistes ?

 Le délinquant sexuel est considéré comme sujet à risque s’il a été condamné une deuxième fois, s’il a agressé un enfant hors de sa famille ou un enfant qu’il ne connaissait pas, s’il est stratège et organisé, s’il a débuté ses agressions dès l’adolescence et s’il a commis une série d’agressions avant d’être arrêté. Néanmoins, 80% des délinquants sexuels ne récidivent pas et s’arrêtent dès leur première condamnation.
 
Le Syndicat de la magistrature a dénoncé jeudi un manque de moyen pour prévenir la récidive. Partagez-vous ce point de vue ?
Je pense plutôt qu’il s’agit d’un problème d’organisation et de synergie entre les services de la justice, de l’intérieur et de la santé. Il nous faut organiser et hiérarchiser le réseau professionnel et développer un accompagnement centré sur le crime, via des groupes de paroles animés par des psychiatres et des éducateurs spécialisés. Il faut enfin dynamiser les endroits où le suivi est assuré.