«On s'installe ou on va encore être expulsés?»

© 2007 AFP

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"Qu'est ce qu'on fait, est-ce qu'on s'installe ou est-ce qu'on va encore être expulsés bientôt?". Florin Flintache, jeune Rom en France depuis six ans, expulsé pour la cinquième fois d'un squat à Saint-Etienne, peine à faire des projets d'avenir.
"Qu'est ce qu'on fait, est-ce qu'on s'installe ou est-ce qu'on va encore être expulsés bientôt?". Florin Flintache, jeune Rom en France depuis six ans, expulsé pour la cinquième fois d'un squat à Saint-Etienne, peine à faire des projets d'avenir. — Fred Dufour AFP

«Qu'est ce qu'on fait, est-ce qu'on s'installe ou est-ce qu'on va encore être expulsés bientôt?» Florin Flintache, jeune Rom, en France depuis six ans, expulsé pour la cinquième fois d'un squat à Saint-Etienne, peine à faire des projets d'avenir.

En 48 heures, lui et 120 autres Roms de Roumanie, expulsés mercredi d'un bâtiment EDF qu'ils occupaient depuis un an, ont transformé les salles de classes de l'école désaffectée, où ils ont été provisoirement relogés avec l'accord de la mairie, en appartements spartiates et surpeuplés.

«On a trouvé quelques matelas et une télévision à la déchetterie, un peu d'électroménager chez Emmaüs, le reste dans les poubelles, dans la rue», explique-t-il. «Avec les enfants, on est obligés de se réinstaller vite», souligne Marga Sedlak, une de ses compagnes de chambrée, balayant minutieusement la pièce divisée en trois par des tentures.

«Ici, on est onze personnes de trois familles dans la même pièce, on n'a pas d'électricité, pas de douches, et les toilettes ne fonctionnent pas toutes. C'est difficile», soupire-t-elle en regrettant le confort du local EDF, équipé de douches, et progressivement meublé par ses occupants.

«On n'a rien eu le temps d'emmener, juste un sac avec des habits pour les enfants», indique la jeune maman.

«Quoi faire pour la rentrée?»

Dans l'école désaffectée du quartier de Montplaisir, à Saint-Etienne, on s'organise pour trouver de quoi cuisiner et dormir, mais on hésite à s'installer pour de bon dans ces nouveaux locaux. «On ne sait pas quoi faire pour la rentrée: les enfants allaient à l'école dans notre ancien quartier, ils sont inscrits pour l'an prochain, mais elle est trop loin maintenant, et on ne sait pas où on sera en septembre», s'inquiète Marga.

La mairie a laissé l'école à disposition des Roms «provisoirement, pour une durée indéterminée». Le bâtiment doit être rasé et le terrain vendu à la Croix Rouge, qui doit y construire en 2008 une école d'infirmières.

«Il ne devrait pas y avoir d'expulsion avant trois mois», explique Martine Falduzzi, directrice de cabinet du maire, selon qui la municipalité veut «faire un diagnostic afin d'accompagner ceux qui le peuvent vers un emploi et aviser, pour les autres, en fonction de leur volonté d'intégration».

L'entrée de la Roumanie en Europe en 2007 permet à ces Roumains de séjourner légalement en France pour des durées de trois mois, mais ils doivent justifier de ressources pour pouvoir y rester plus longtemps. Pour travailler, il faut une autorisation, moyennant 900 euros environ et des démarches complexes. Deux Roms ont néanmoins trouvé un emploi de maçon près de Firminy (Loire) et un logement pour leur famille. Des négociations sont en cours pour plusieurs autres.

«Dans le précédent campement, un gros travail d'insertion avait été fait, tous les enfants allaient à l'école, il y avait un réseau social fort, mais tout a été cassé par l'expulsion», regrette Ana Pidoux, membre du comité de soutien des Roms.