Premiers ratés de la communication de Nicolas Sarkozy

P. K.

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La France et la Libye ont signé mercredi un mémorandum d'accord sur le nucléaire civil qui prévoit d'étudier la fourniture à Tripoli d'un réacteur nucléaire pour permettre à ce pays de désaliniser de l'eau de mer, a annoncé un haut responsable français.
La France et la Libye ont signé mercredi un mémorandum d'accord sur le nucléaire civil qui prévoit d'étudier la fourniture à Tripoli d'un réacteur nucléaire pour permettre à ce pays de désaliniser de l'eau de mer, a annoncé un haut responsable français. — Patrick Kovarik AFP

Ce n’est pas la première vente d’arme d’EADS à l’étranger, et ce n’est pas la première fois qu’un contrat de ce type est signé lors de la visite d’un chef de l’Etat français. D’habitude, ce genre d’annonce est généralement accompagné d’un concert de louanges sur le président VRP.

Cette fois-ci, rien de tout ça, l’opposition demande même l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire. Ironie de l’histoire, l’exécutif ne peut se reprocher qu’à lui-même ces critiques, tant elles découlent d’une erreur de communication. Pas vraiment une habitude de l’équipe Sarkozy.

Promis, pas de contreparties

Les choses avaient pourtant bien commencé. Cécilia Sarkozy et Claude Guéant, peut-être les deux personnes les plus proches de Nicolas Sarkozy, ont réussi à ramener les infirmières et le médecin bulgares à Sofia dans un avion siglé République française.

Très vite, la question des contreparties est posée. Nicolas Sarkozy esquive. Il se rend en Libye pour célébrer ses nouveaux liens avec le régime du colonel Kadhafi. Les ministres des Affaires étrangères signent même un accord concernant le nucléaire civil. De quoi faire lever quelques sourcils. Mais promis, rien de plus.

«Aucun contrat n’a été signé»

Pourtant, les déclarations de Saïf al-islam Kadhafi dans «Le Monde», vont mettre à mal la version officielle. Le fils du colonel Kadhafi l’assure, le «coeur du sujet» entre Paris et Tripoli n'est pas ce projet nucléaire, mais «l'affaire militaire». Droits dans leurs bottes, Bernard Kouchner puis David Martinon, porte-parole de l’Elysée l’assurent: «Aucun contrat n’a été signé à l’occasion de la visite du Président.»

Le Canard Enchaîné rapporte néanmoins un dialogue savoureux lors des négociations: «Bon alors, on va vous les acheter, vos 1.600 tonnes d’uranium. Mais nous, on a des Rafale, il va falloir faire un effort», aurait dit Nicolas Sarkozy au colonel Kadhafi.

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Le coup de grâce viendra encore une fois de Libye, où une source officielle (mais anonyme) assure qu’un contrat a été signé pour 168 millions d’euros.

Dans les cordes, David Martinon acquiesce et «imagine que c’est vrai.» Pour rajouter à la cacophonie, le ministre de la Défense Hervé Morin, inaudible sur le sujet, croit bon de préciser vendredi matin qu’une simple «lettre d’intention» a été paraphée.

«République irréprochable»

Il est immédiatement contredit par EADS qui annonce qu’un contrat a bien été signé, qu’un autre est sur la voie, et que les négociations durent depuis 18 mois. Pas de quoi redorer le blason d’une équipe gouvernementale qui apparaît à la traîne voir carrément écartée par l’Elysée.

Et Nicolas Sarkozy dans tout ça? Déjà parti en vacances, il ne s’est pas exprimé, laissant David Martinon monter au front, sur un sujet qui met pourtant à mal la «République irréprochable» tant promise. Finalement, la libération des infirmières bulgares risque d’être un bien moins bon coup médiatique qu’espéré.