Samy Amimour, de la banlieue parisienne au Bataclan, en passant par la Syrie

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Photo prise par iphone de la police arrêtant  une personne à Drancy, le 16 novembre 2015
Photo prise par iphone de la police arrêtant une personne à Drancy, le 16 novembre 2015 — SANDRA AFP

Originaire de banlieue parisienne, Samy Amimour, 28 ans, était parti il y a deux ans s'installer en Syrie d'où son père avait vainement tenté de l'exfiltrer: il est finalement rentré en France pour commettre le carnage du Bataclan.

La vie d'Amimour, dont l'AFP avait rencontré mi-octobre les parents pour une enquête sur le profil des jeunes partis en Syrie, a basculé le 15 octobre 2012. A 07H00, des agents des services de renseignement cagoulés et armés «défoncent la porte» de l'appartement de cette famille modeste de Drancy (Seine-Saint-Denis).

Soupçonné de vouloir partir au Yémen avec deux copains eux aussi drancéens, il est mis en examen à l'issue de quatre jours de garde à vue pour «association de malfaiteurs terroriste» et placé sous contrôle judiciaire, selon le parquet de Paris, qui a révélé lundi l'identité du kamikaze.

Sa mère et son père, Mouna et Azzédine, en sont persuadés: c'est cette interpellation «traumatisante», sous les yeux de ses parents «menottés dos à dos» et de sa jeune sœur, qui a «motivé son départ».

«Quand ils l'ont ramené à la maison, il m'a dit +papa, j'ai rien fait+. Il allait sur des sites islamistes. C'est pas interdit», affirme son père.

Deuxième d'une fratrie de trois, Samy a toujours vécu chez ses parents. Son bac en poche, il postule pour être surveillant de cantine mais sa timidité le dessert. Il décroche finalement un emploi de chauffeur de bus à la RATP, dont il démissionne au bout de 15 mois, en 2012.

C'est à cette époque qu'il commence à se radicaliser, ce dont ses parents, des Français d'origine algérienne qui «fêtent Noël autant que l'Aïd», ont du mal à croire.

Pourtant, «il voulait imposer à sa mère, parfaitement laïque, le port du voile, puis imposer à la maison les règles de l’intégrisme le plus absurde, le plus éloigné de la religion musulmane», affirme le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde (UDI).

«Comme son père parle très bien l'arabe, il l'accompagnait à la mosquée, lui traduisait des textes, histoire de partager quelque chose avec lui», raconte sous couvert d'anonymat une amie de la famille.

- 'Proie parfaite' -

De Samy, elle garde le souvenir d'un jeune «très gentil». «Tout le monde l'aimait. Un mec en or, la proie parfaite» pour les recruteurs au jihad.

C'était un «jeune homme bien élevé, poli, sportif, habillé à la mode. La famille Amimour, ce n'est pas la famille Merah, ce sont des gens parfaitement normaux», renchérit M. Lagarde, qui accuse l'État de les avoir «laissés bien seuls».

Le 11 septembre 2013, Samy Amimour part en Syrie, en violation de son contrôle judiciaire. Un mandat d'arrêt international est délivré contre lui.

«La veille, alors que je m'apprêtais à partir, il m'a fait la bise. D'habitude, c'était +salut, bonne route+», raconte son père qui avait une affaire en Belgique et ne revenait que le week-end. Quelques jours plus tard, Samy téléphone à ses parents: «Ne me cherchez pas, je suis en Syrie».

Fin juin 2014, Azzédine décide de s'y rendre via la Turquie. Un périple qui l'oblige à changer sept fois de voiture. Il débarque «dans la région d'Alep» le jour de la proclamation du «califat» du groupe jihadiste État islamique, le 29 juin.

Il parvient non sans mal à voir son fils en tête-à-tête, qu'il tente de convaincre de rentrer. Mais trop tard pour revenir en arrière: Samy est convaincu qu'aussitôt sur le sol français, il sera «jeté en prison», selon son père.

A Drancy, Mouna, qui travaille dans une école maternelle, frappe à toutes les portes, y compris à celle du maire et de l'imam Hassen Chalghoumi, sans résultat. Le père va voir en Jordanie un «émir haut placé de Daech», l'État islamique: «Ton fils, je peux te le sortir en 48 heures. A une condition: qu'il me le demande», lui dit-il.

Las, le couple apprend que Samy, avec lequel ils sont en contact par Skype, s'est marié avec une Française et qu'ils attendent un enfant. «Je suis heureux», assure-t-il à ses parents, qui perdent espoir de jamais le revoir.

Mi-octobre, Azzédine se préparait à un ultime voyage pour récupérer son fils. Samy est finalement rentré sans les prévenir pour commettre, avec six autres kamikazes, les attentats les plus meurtriers de l'histoire de France.