Une femme battue doit communiquer sa nouvelle adresse à son mari violent

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Une femme meurt en France en moyenne tous les trois jours victime de violences conjugales, et pour certains, seule une loi cadre permettra d'enrayer ce fléau qui touche tous les milieux sociaux.
Une femme meurt en France en moyenne tous les trois jours victime de violences conjugales, et pour certains, seule une loi cadre permettra d'enrayer ce fléau qui touche tous les milieux sociaux. — AFP/Pulsart/Arch.

Alors que le ministère du Travail vient de publier des chiffres éloquents sur le succès du numéro pour femmes battues (3919), une décision de justice déconcerte totalement les associations d'aide aux victimes de violences conjugales.

800 euros pour le mari

Le tribunal correctionnel de Dunkerque (Nord) a condamné à trois mois de prison avec sursis, jeudi, une mère qui s’était réfugiée avec ses enfants auprès de l’association Sedire. Motif: ne pas avoir communiqué sa nouvelle adresse à son mari...

Poursuivie par ce dernier, Aynour B. devra en outre lui verser 800 euros de dommages-intérêts. L’homme en question, par contre, ne sera pas jugé. Son départ en Turquie a mis fin aux poursuites engagées par son épouse, et ce malgré l'ouverture d'une information judiciaire.

«Complètement délirant»

Hospitalisée en 2003 après avoir reçu des coups de son mari, Aynour B. avait été orientée par les services sociaux vers l'association d'aide aux femmes battues Sedire, qui l’avait recueillie du 1er janvier au 4 août 2004.

Egalement poursuivies pour «soustraction d'enfants», l'association et sa présidente au moment des faits ont été relaxées. Mauricette Sauvignon a estimé ce jugement complètement «délirant». La conséquence de cette décision «par rapport aux femmes est vraiment terrible: cela veut dire qu'on ne peut pas partir, se mettre à l'abri sans communiquer à son mari qui est violent où l’on se trouve», a-t-elle déploré, jeudi. Sedire a décidé de faire appel.

«Faits précis»

Le jugement a également été vivement dénoncé par la Fédération nationale Solidarité femmes. «Cela me choque profondément, l'histoire est complètement renversée», a déclaré sa vice-présidente Germaine Watine. Le fait qu'une femme ait été condamnée «pour avoir protégé ses enfants de violence» «casse tout le travail de notre Fédération», a-t-elle poursuivi, rappelant qu'il y avait «des constats» et «des faits précis», les pompiers étant venus chercher la femme battue et ses trois enfants à son domicile.