Cleastream : Les dépositions du corbeau Jean-Louis Gergorin éclairent l'implication de Villepin

SCANDALE L'ancien vice-président d'EADS dit qu'il n'aurait jamais envoyé de lettres au juge Van Rymbeke sans l'ancien Premier ministre...

A.S

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AFPTV

Alors que Dominique de Villepin doit être entendu à 10h par la justice dans le cadre de l'affaire Clearstream, «Libération» publie des extraits des dépositions du corbeau, Jean-Louis Gergorin, les 18 et 22 juillet. Un témoignage accablant pour l'ancien Premier ministre qui détaille les étapes de la manipulation et n'épargne pas non plus Jacques Chirac.

Neuf rencontres entre Gergorin et Villepin

Il apparaît ainsi que l'ancien vice-président d'EADS a rencontré Villepin pas moins de neuf fois entre janvier et septembre 2004 au sujet de l'affaire. Dès le 1er janvier 2004, Villepin lui demande une note de synthèse. Note à partir de laquelle il fait «un exposé au Président», lequel «avait pris une décision : le général Rondot était chargé dans des conditions de secret absolu, de vérifier la véracité des informations figurant dans les listings Clearstream concernant les diverses personnalités mentionnées», rapporte Jean-Louis Gergorin.

Brice Hortefeux ciblé par Villepin

En février, celui-ci, ordinateur à la main, expose à Dominique de Villepin de nouvelles transactions financières supposées illégales. Parmi celles-ci, déclare-t-il, «figuraient effectivement celles impliquant le compte 80082 dont Imad Lahoud indiquait que l’ayant droit économique était Brice Hortefeux, ce dont j’ai informé également M. de Villepin». «Celui-ci, ajoute-t-il, a pris note en disant qu’il fallait poursuivre les investigations. Je lui ai indiqué ma frustration devant l’absence totale d’action du général Rondot pour que la DGSE vérifie la pénétration informatique de notre source. Il m’a dit que les instructions du Président étaient formelles et que lui-même, M. de Villepin, allait s’en occuper».

L'importance de mettre au courant un juge d'instruction

En mars, Dominique de Villepin écarte l'idée d'une enquête par les services de la DGSE qui pourraient, rapporte Jean-Louis Gergorin, «être gênés ou paralysés ou neutralisés par l’existence de connexions politiques dans le réseau occulte faisant l’objet des investigations du général Rondot». «M. de Villepin s’est livré, à ce moment-là, à une réflexion à voix haute sur le fait qu’en l’espèce la seule investigation qui pourrait être efficace serait celle d’un juge d’instruction», témoigne l'ancien vice-président d'EADS.

Un BlackBerry pour plus de discrétion et Gergorin poussé à contacter Van Rymbecke

Un peu plus tard apparaissent les noms des patronymes Stéphane Bocsa et Paul de Nagy - qui forment le nom complet de Nicolas Sarkozy - dans les listings. «M. de Villepin a été très intéressé et n’a pas paru très surpris par ces informations», précise Jean-Louis Gergorin qui revoit Dominique de Villepin le 6 avril alors que celui-ci est devenu ministre de l'Intérieur et se fait procurer un BlackBerry pour des communications plus discrètes avec lui. Leur rencontre, place Beauvau, «a été très courte, à peu près vingt minutes, et a commencé de façon inhabituellement solennelle chez M. de Villepin qui m’a dit que maintenant, c’est clair, il n’y a pas d’autre issue que d’informer ou de saisir un juge», déclare Jean-Louis Gergorin. «Et il a ajouté : «C’est une instruction du président de la République.» Je me souviens des termes exacts de cette dernière phrase de M. de Villepin. Cela a été dit de façon inhabituellement sèche. J’ai été fortement impressionné».

Un peu de musique


«Je tiens à dire que je n’aurais jamais pris contact avec M. Van Ruymbeke sans cette conversation avec M. de Villepin dans les conditions que je viens de vous décrire», poursuit celui qui se transforme alors en corbeau et qui témoigne de la fébrilité alors de Dominique de Villepin: «il était extrêmement préoccupé par la sécurité des informations dans ce nouveau ministère et nos entretiens se déroulaient soit sur fond musical dans son bureau, soit dans le jardin du ministère».

Le BlackBerry rendu

Mais en juillet 2004, les investigations du juge Van Ruymbeke sur les listings Clearstream sortent dans la presse. Jean-Louis Gergorin revoit Dominique de Villepin. «Il m’a indiqué qu’il avait, depuis peu, saisi la DST qui était en train de commencer ses investigations (NDRL: pour identifier le corbeau). Il était inquiet pour ma sécurité parce qu’une rumeur médiatique m’attribuait la responsabilité d’au moins une des lettres envoyées à M. Van Ruymbeke, la première», explique le corbeau qui commence à sentir le filet se resserrer autour de lui. Et à qui Dominique de Villepin aurait alors rendu le BlackBerry. Pour plus de discrétion.