Démantèlement d'un réseau de passeurs par Zodiac à Dunkerque

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Le port de Dunkerque, dans le Nord, le 5 octobre 2012
Le port de Dunkerque, dans le Nord, le 5 octobre 2012 — Denis Charlet AFP

Huit passeurs, dont un jeune marin pêcheur français, soupçonnés d'organiser des passages illégaux de migrants en Angleterre à bord d'un bateau pneumatique, fait rarissime, ont été interpellés au début de la semaine près de Dunkerque.

A bord d'un Zodiac battant pavillon belge et pouvant accueillir jusqu'à une vingtaine de personnes, le marin pêcheur effectuait «depuis plusieurs mois» des aller-retours sur la Manche et facturait ses passages «jusqu'à 12.000 euros» par personne, selon la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille.

«C'est la première fois que nous avons à faire à ce type d'affaire avec un individu, qui plus est français, qui organise de telles traversées», a déclaré cette source de la Jirs à l'AFP.

Le marin pêcheur, principal suspect, a été arrêté lundi «en flagrant délit, à terre, alors qu'il s'apprêtait à effectuer un voyage», selon une source policière. Il était en garde à vue mercredi avec sept autres complices, selon le ministère de l'Intérieur, tous interpellés entre lundi et mardi, avant une possible mise en examen d'ici vendredi. Parmi eux, cinq Albanais et un Vietnamien.

Le réseau proposait ainsi selon la Jirs des passages «de type garanti», promettant aux migrants une traversée «assurée», bien que périlleuse en raison de la houle, en Grande-Bretagne. Le bateau pneumatique partait alors de nuit d'une plage isolée près de Dunkerque pour rejoindre à grande vitesse une plage discrète britannique, ralliant les quelque 90 kilomètres en environ 45 minutes.

- 3.000 passeurs interpellés en 2015 -

«Ce n'est pas sans risque! Ce bateau a failli chavirer très récemment», a indiqué à l'AFP la source policière.

Le 27 octobre à minuit et demi, le patrouilleur des Douanes Jacques Oudouart Fourmentin était en effet venu au secours du bateau en détresse qui était tombé en panne d'essence lors de son retour vers Dunkerque. A son bord ne se trouvait que le marin pêcheur français qui avait été laissé libre, faute d'éléments probants.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a félicité «les policiers de la Direction Zonale de la Police aux Frontières Nord, ainsi que ceux du Groupement d’Intervention Régional Nord-Pas-de-Calais» pour ces arrestations.

«Nous avons depuis le début de l'année démantelé un très grand nombre de filières (...) En France c'est près de 200 filières qui ont été démantellées représentant 3.000 individus et dans le Calaisis c'est une trentaine de filières, qui représentent 700 individus», avait-il précisé un peu plus tôt au micro d'Europe 1, qui a révélé cette affaire, ajoutant que les responsables de filières de la traite des êtres humains «doivent être sévèrement punis».

Ces tentatives de passage par la voie maritime restent cependant rares. En juin 2013, huit clandestins vietnamiens et deux passeurs anglais avaient été interceptés tôt dans la matinée au large de Calais, alors qu'ils dérivaient sur un Zodiac.

Généralement, les forces de l'ordre démantèlent des réseaux de passeurs privilégiant les camions, qui traverseront la Manche sur un ferry ou par le tunnel à bord de navettes Eurotunnel, pour y cacher des migrants. Trois passeurs irakiens ont ainsi été interpellés le 28 octobre sur une aire de repos de Guignicourt dans l'Aisne où ils tentaient de dissimuler 26 migrants dans des poids-lourds.

De très nombreux migrants, venus essentiellement d'Afrique de l'Est, du Moyen-Orient et d'Afghanistan, essayent de rallier le Calaisis avant de tenter de passer en Grande-Bretagne qu'ils considèrent comme un eldorado.