A Vizille, on crie au «scandale»

POLEMIQUE Les riverains de la côte Laffrey expriment leur ras-le-bol face à la multiplication des accidents...

avec AFP

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"C'est un scandale, chaque semaine, il y a des accidents", tempête un habitant du hameau du Grand Pont, situé au pied de la descente de Laffrey à Vizille (Isère), où un car de pèlerins polonais a quitté la route dimanche et s'est écrasé 20 mètres plus bas au bord d'un torrent, faisant 26 morts.
"C'est un scandale, chaque semaine, il y a des accidents", tempête un habitant du hameau du Grand Pont, situé au pied de la descente de Laffrey à Vizille (Isère), où un car de pèlerins polonais a quitté la route dimanche et s'est écrasé 20 mètres plus bas au bord d'un torrent, faisant 26 morts. — Jean-Pierre Clatot AFP

Cinq pèlerins non-voyants du Nord-Pas de Calais tués le 7 septembre 1970, quarante-trois morts dans un car belge le 18 juillet 1973, vingt-neuf victimes le 2 avril 1975. Et vingt-six tués dans la chute du car polonais dimanche… Les riverains de la Route Napoléon, à Vizille (Isère), en ont trop vu.

«C'est un scandale, chaque semaine, il y a des accidents», tempête un habitant du hameau du Grand Pont, situé au pied de la descente de Laffrey à Vizille (Isère). Le squelette calciné du véhicule et les bagages éparpillés ont été enlevés, mais les traces de l'incendie étaient toujours visibles lundi dans le champ où le car s'est écrasé, au pied des maisons, exactement au même endroit que plusieurs véhicules avant lui.

«Ils attendent que les freins refroidissent»

«Je vois souvent des véhicules dont les freins brûlent derrière, et s'il y avait un obstacle, ils ne pourraient pas s'arrêter, raconte César David, qui avait déjà été témoin de l’accident 18 juillet 1973. J'en ai vu qui s'arrêtent en bas de la descente, et qui attendent que leurs freins refroidissent.»
«Des voitures et des camions se présentent à grande vitesse dans le grand virage d'arrivée, là où le car est tombé. Il existe une déviation par la RD 528, mais cela rallonge le trajet, alors les gens passent quand même et souvent à vive allure, renchérit sa femme. Nous qui sortons tous les jours dans ce virage pour traverser cette route, nous faisons très attention et nous avons peur».

Il y a 20 ans, un panneau à tête de mort avertissait du danger

L'accident du car polonais, qui était en infraction, a choqué les riverains, dont certains se sont aussitôt précipités pour tenter d'éteindre l'incendie. «J'ai entendu un gros choc, j'ai vu une épaisse fumée noire puis des flammes énormes qui montaient, se souvient Irène Hirczak, dont la maison donne sur le champ où est tombé le car. Ensuite, j'ai entendu gémir des gens. J'ai vu arriver vers moi un garçon de 13 ans. Je l'ai mis sur le côté puis j'ai vu bouger d'autres personnes qui rampaient et s'agrippaient à l'herbe de la prairie.»

Il y a vingt ans, un panneau avec une tête de mort dont les yeux clignotaient était installé en haut de cette descente, dont la pente atteint jusqu'à 14%, affirme une autre riveraine, Christiane Bonnard. «Il a été enlevé. Cela traumatisait les gens paraît-il», soupire-t-elle. Pour le maire de Laffrey, Jean-Jacques Defaite, «il faut faire des accès de détresse dans cette descente». «Depuis que l'on a coupé des virages, on en a fait un toboggan», regrette l'élu.