La direction d'iTELE remerciée, Bolloré poursuit sa reprise en main du groupe Canal+

Après les Guignols, le Grand Journal, D8 et D17, Vincent Bolloré, patron de Vivendi, poursuit sa reprise en main du groupe Canal+: vendredi, il a remercié les deux dirigeantes de la chaîne d'info iTELE, qui sera rebaptisée CNews.

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le logo d'iTELE, le 31 janvier 2011
le logo d'iTELE, le 31 janvier 2011 — Loic Venance AFP

Après les Guignols, le Grand Journal, D8 et D17, Vincent Bolloré, patron de Vivendi, poursuit sa reprise en main du groupe Canal+: vendredi, il a remercié les deux dirigeantes de la chaîne d'info iTELE, qui sera rebaptisée CNews.

Ces évictions interviennent alors que Vincent Bolloré a pris jeudi la tête du conseil de surveillance de la chaîne cryptée Canal+ et nommé un proche, Jean-Christophe Thiery, président du directoire en remplacement de Bertrand Méheut.

Cécilia Ragueneau, directrice générale d'iTELE, et Céline Pigalle, directrice de la rédaction de la chaîne, quittent le groupe Canal+, selon un communiqué diffusé vendredi soir.

«Guillaume Zeller est nommé directeur de la rédaction d'iTELE. Il succède à Céline Pigalle», précise le communiqué.

Le journaliste et écrivain Philippe Labro, figure historique de Direct 8 et ancien patron de RTL, viendra épauler Guillaume Zeller «dans un rôle de conseil» alors que Jean-Christophe Thiery est, lui, «chargé de développer la chaîne d'info».

Diplômé de Sciences Po, Guillaume Zeller, 38 ans, évolue au sein du groupe depuis plusieurs années. Il a participé au lancement de la chaîne Direct 8 en 2005. Il est devenu deux ans plus tard rédacteur en chef du gratuit Direct Soir, avant d’être nommé directeur de Direct 8 en 2011 et du pôle digital du quotidien Direct Matin en 2012.

Vincent Bolloré «veut pouvoir exercer un contrôle éditorial sur toutes les chaines du groupe», estime un analyste financier, joint par l'AFP et qui a requis l'anonymat.

«Il essaie d'imprimer sa marque, il a le sentiment d'apporter quelque chose de plus à Canal qu'il veut voir aller hors de France, notamment en Afrique», a-t-il ajouté.

Cet été avait déjà été marqué par l'éviction du n°2 de Canal+, Rodolphe Belmer, puis celle, tout aussi rapide, du patron des chaînes gratuites D8 et D17, Ara Aprikian.

Autre changement notable: Antoine de Caunes a quitté «Le Grand Journal» --la plus célèbre émission en clair de Canal+ qu'il présentait depuis 2013-- pour un show en deuxième partie de soirée diffusé à partir d'octobre.

Après cette reprise en main, iTélé et ses performances médiocres étaient en ligne de mire. La chaîne plafonne à 0,9% de part d'audience face à sa concurrente BFMTV qui s'est hissée à 2%.

Une fragilité que pourrait aggraver l'arrivée de la chaîne d'info en continu du groupe public France Télévisions, dont la nouvelle présidente Delphine Ernotte a annoncé le lancement en septembre 2016.

- 'un travail plus transparent' -

Jeudi, dans un courriel adressé à l'ensemble des salariés, Vincent Bolloré avait exposé sa stratégie pour le groupe.

Il affichait sa volonté d'harmonisation des différentes chaînes (cryptée et gratuites), notamment en uniformisant le nom de plusieurs d'entre elles, D8, D17 et iTELE devenant respectivement C8 et C17 et CNews.

«La concurrence entre les entités et les cloisons va disparaître chez Canal pour laisser place à un travail plus transparent, plus efficace et moins onéreux», affirmait-il.

La partie de Canal diffusée en clair «devra être réduite et donner à ceux qui la regardent l'envie, le désir de s'abonner, (...) et devra être développée sur nos chaînes gratuites. Nous devons rapprocher C8 - C17 - CNews de Canal», ajoutait-il.

Les Guignols, l'émission emblématique de Canal+, diffusés en clair depuis leur création il y a près de 30 ans, seront ainsi désormais diffusés en crypté.

Côté syndicats, certains redoutaient vendredi que les changements annoncés à la tête d'iTELE ne soient qu'une étape dans une réorganisation de plus grande ampleur.

«Vincent Bolloré est arrivé avec une serpette et il coupe des têtes. Les chefs de service ont très peur et ne savent pas comment ça va se passer derrière», a déclaré un responsable syndical à l'AFP.

«L'audience d'iTELE n'augmentait pas, il dit que ce n'est pas normal de ne pas réussir à dépasser BFMTV», a t-il ajouté.

La société des journalistes d'iTELE a fait part, dans un communiqué, «de sa vive émotion face à la brutalité du départ de Cécilia Ragueneau et de Céline Pigalle».

Elle dit attendre de connaître le projet de la nouvelle direction, «projet qui n'a pas encore été présenté à la rédaction».