«Supprimer les grâces collectives est un acte pyromane»

INTERVIEW Patrick Marest, délégué national de l’Observatoire international des prisons...

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Interview de Patrick Marest, délégué national de l’Observatoire international des prisons, plutôt opposé à la suppression des grâces collectives du 14 juillet.

Partagez-vous l’idée qu’il fallait mettre un terme aux grâces collectives, comme la plupart des professionnels du milieu judiciaire et pénitentiaire?

Oui. Tout le monde conçoit que c’est devenu quelque chose d’arbitraire et d’archaïque. Par ailleurs, les grâces ne concernaient plus que 5% de la population des détenus et n’avaient donc plus rien à voir avec un acte généreux. Toutefois, la décision de les supprimer tout de go, sans alternative, est un acte pyromane. La surpopulation dans les prisons est un feu qui couve. Il ne faut pas grand-chose pour déclencher une explosion.

Par quoi aurait-il fallu remplacer ces grâces?

Par des remises de peine liées non pas à la nature des infractions commises - délits mineurs - mais au comportement des personnes en détention. Cela aurait été plus cohérent avec la fameuse politique du mérite vantée par Nicolas Sarkozy. Il est nécessaire de désengorger les prisons l’été. Les conditions y sont plus que difficiles avec la chaleur et le petit appel d’air que constituaient les grâces permettait d’éviter le pire.

Mais ne partagez-vous pas le point de vue de Nicolas Sarkozy quand il pointe la contradiction entre l’indépendance de la justice et la grâce accordée par un Président à 3.000 personnes?

Ça me fait bien rire. Qu’est-ce que la loi sur les peines plancher sinon une remise en cause de l’appréciation des magistrats. On leur demande d’appliquer des peines selon des seuils au lieu de les laisser juger au cas par cas. Cette loi est également contradictoire avec la suppression des grâces. Si on ouvre les vannes d’entrée en prison, il faut aussi ouvrir les vannes de sortie.

Etes-vous inquiet pour cet été?


Je suis surtout inquiet de voir qu’on s’accommode d’une situation qualifiée de «gravissime» par le Conseil de l’Europe. Comment se fait-il que Nicolas Sarkozy soit sourd aux recommandations du Comité de prévention de la torture qui parle de «traitement inhumain et dégradant» dans les prisons françaises? Quant à l’argument selon lequel les grâces collectives relâchent des individus dans la nature, c’est faux. Seule une minorité de détenus est libérée immédiatement - quand il ne leur reste plus que quinze jours-. Les autres partent dans un délai de deux à quatre mois.

Propos recueillis par Catherine Fournier