Sécu: diagnostic d’un déficit

SOCIAL Comment se fait-il que les comptes dérapent de quatre milliards d’euros par rapport aux prévisions?

— 

Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a déclaré lundi que les médecins et l'assurance maladie étaient passés "très près d'un accord dans la nuit de vendredi à samedi" et qu'ils devaient "très vite se remettre autour de la table".
Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a déclaré lundi que les médecins et l'assurance maladie étaient passés "très près d'un accord dans la nuit de vendredi à samedi" et qu'ils devaient "très vite se remettre autour de la table". — Marc Le Chelard AFP/Archives

La nouvelle est tombée mercredi. Le déficit de la Sécurité sociale sera 50% plus élevé (12 milliards d’euros) que le montant voté au Parlement fin 2006 (8 milliards d’euros). Sans surprise, ce sont les branches maladie et vieillesse qui pèsent sur les comptes, avec respectivement un déficit estimé à 6,4 milliards d’euros (contre 4 milliards prévus) et 4,7 milliards d’euros (contre 3,5 prévus). Pourquoi un tel écart? Eléments d’explication.

Pour la branche maladie:
Alors que les comptes s’étaient apprécié de près 3 milliards d’euros entre 2005 et 2006 (de - 8 à -5,9 milliards d’euros), ils voient leur déficit augmenter à nouveau en 2007 (- 6,4). Selon la Commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS) qui a présenté son rapport mercredi, l’embellie n’était pas due à la réforme de l’assurance-maladie entrée en vigueur en 2005 mais à un effet ponctuel: la taxation des intérêts des Plans épargne logement vieux de dix ans, rendue possible par la loi de financement de la Sécurité sociale 2006.

La CCSS constate par ailleurs «une reprise des dépenses» liées aux arrêts de travail et aux médicaments. La réforme Douste-Blazy, qui entendait rationaliser le parcours de soins avec la mise en place du dossier médical, du médecin traitant, du forfait d’1 euro par jour notamment, ne semble donc pas avoir enrayé l’augmentation des dépenses.

Outre le vieillissement de la population inhérent aux pays occidentaux, Jean de Kervasdoué, économiste spécialiste de la santé, pointe un nombre de prescriptions et d’hospitalisations toujours trop important. «On compte 251 admissions pour 1.000 habitants en France alors que la moyenne s’élève à 160 pour 1.000 dans les autres pays occidentaux», remarque-t-il. Et de souligner que «l’hôpital devient le lieu de soins pour les déshérités alors qu’une consultation y revient beaucoup plus cher à l’Etat (250 euros) que chez un généraliste (22 euros).

Du côté des prescriptions, il souligne que «90% des consultations sont accompagnées d’une ordonnance en France, contre 60% ailleurs.» Il serait nécessaire, selon lui, de contrôler les pratiques des généralistes pour vraiment évoluer. André Cicollela, chercheur en santé environnementale, estimait pour sa part dans les colonnes de «20 Minutes» que la solution viendrait peut-être de la prévention, plutôt que de la diminution des remboursements...

Pour la branche vieillesse: Elle voit ses prestations augmenter de 6% en 2007, augmentant le déficit de plus de 3 milliards d’euros par rapport à 2006 (-1,9 milliard). En cause, selon la CCSS, l’échec des dispositions pour inciter les seniors à rester au travail (surcote, cumul emploi-retraite...). Plutôt que de bénéficier d’une majoration de leur pension, les salariés préfèrent partir dès qu’ils le peuvent.

Selon la présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, Danièle Karniewicz, le rendez-vous de 2008 sur les retraites, au cours duquel doit être fait un bilan financier de la réforme Fillon de 2003, a «un effet anxiogène». «Comme il n'y a pas d'éléments de compréhension suffisant de la part de l'ensemble des Français, l'inquiétude est forte et les incite à partir le plus vite possible».

Par ailleurs, la mesure qui visait à faire bénéficier aux salariés ayant commencé à travailler très jeunes d’une retraite à taux plein avant 60 ans a connu un franc succès (400.000 salariés en ont bénéficié). «Le gouvernement aurait dû les inclure dans le Plan emploi senior afin qu’ils puissent bénéficier d’une surcote avant l’âge de 60 ans», estime Florence Legros, économiste à l’université Paris-Dauphine. Elle fustige par ailleurs le maintien des pré-retraites, contradictoire avec la volonté d’inciter les gens à travailler plus longtemps. «Un jour, il va falloir choisir.»