Grâces présidentielles réduites + peines plancher = situation explosive dans les prisons?

— 

Les statistiques de Nicolas Sarkozy sur les récidivistes et les propos de Ségolène Royal sur les centres pour mineurs délinquants, avancés lors de leur débat, laissaient dubitatifs jeudi experts et syndicats de magistrats.
Les statistiques de Nicolas Sarkozy sur les récidivistes et les propos de Ségolène Royal sur les centres pour mineurs délinquants, avancés lors de leur débat, laissaient dubitatifs jeudi experts et syndicats de magistrats. — Norbert Millauer AFP/DDP/Archives

Une explosion est-elle à prévoir dans les prisons ? Alors que le gouvernement a prévenu mercredi que les traditionnelles grâces du 14 juillet seraient réduites, un collectif d'organisations prédit une surpopulation carcérale et de graves tensions dans les prisons. Ils dénoncent notamment le projet de loi instaurant des peines plancher, qui doit être discuté jeudi au Sénat.
 
«Sur-surpopulation»
 
Ce texte aura «des conséquences très importantes en terme de surpopulation carcérale», a assuré Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), l'une des 32 organisations signataires de la pétition «Les adolescents ne sont pas des adultes».
Un avis partagé par Michel Pouponnot, de la CGT Pénitentiaire, qui parle de «sur-surpopulation» dans les prisons.
 
«Les peines plancher vont augmenter la durée des peines», estime Sophie Desbruyère, du syndicat de travailleurs sociaux chargés de l'insertion et de la probation des détenus Snepap-FSU.
 
«Travailler plus pour emprisonner plus»
 
Selon l'Administration pénitentiaire, 60.870 personnes étaient incarcérées au 1er juin, en hausse de 0,3% par rapport à mai. Selon le chercheur au CNRS Pierre Tournier, il y a actuellement «12.000 détenus en surnombre».
 
«On va faire un pas supplémentaire vers une catastrophe humaine et sociale», a renchéri Patrick Marest, de l'Observatoire international des prisons, qui a critiqué une loi aux «effets contreproductifs».
 
Pour le président de la Ligue des droits de l'Homme, Jean-Pierre Dubois, «c'est un projet incendiaire» qui propose comme «un modèle de société à l'américaine : travailler plus pour emprisonner plus».
 
Le porte-parole du ministère de la Justice, Guillaume Didier, a réagi en affirmant que «les projections alarmistes sur une éventuelle surpopulation sont sans fondement» et «fantaisistes».
 
Des grâces individuelles et non collectives ?
 
L’amnistie présidentielle permet de vider, pour un temps, le trop plein des prisons. Sa réduction annoncée pour cette année pourrait prendre une nouvelle forme. «Nicolas Sarkozy n'est pas favorable aux grâces collectives», répondait-on à l’Elysée, rappelant qu'il avait déjà refusé l'amnistie des contraventions routières, à son arrivée au pouvoir.
 
Le gouvernement cherche donc d'autres solutions pour alléger la population carcérale : depuis plus d'un an, le développement des placements sous bracelet électronique a permis de désengorger les cellules. Au 1er juin, les aménagements de peines concernaient près de 5.000 condamnés (+ 29% sur un an).
 
Autre solution envisagée pour ce 14 juillet: des grâces individuelles et conditionnelles, accordant des remises de peine aux détenus pour bonne conduite. Une façon de se montrer conciliant tout en maintenant la fermeté affichée durant la campagne présidentielle.