Qu'est ce que la réforme sur les universités changerait pour les étudiants?

EDUCATION Le point sur l'avant-projet de loi et ses conséquences positives ou négatives...

Catherine Fournier et Delphine Bancaud

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François Fillon en avait fait la «réforme la plus importante» de la législature. Ce que contient le projet de loi sur l'autonomie des universités, dont l'examen prévu mercredi en Conseil des ministres a été repoussé au 4 juillet en quatre points.

Des droits d'inscription plus élevés?

La ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse a affirmé samedi qu'il était «normal» que les frais d'inscription à l'université «augmentent en fonction du coût de la vie». Elle a toutefois assuré que le ministère restera bien maître de la fixation des frais pour toutes les universités, engagées ou non dans le futur projet d'autonomie.

Les syndicats étudiants s'interrogent : l'autonomie budgétaire des universités prévue dans la réforme ne leur donnera-t-elle pas la liberté de fixer elles-mêmes le montant des droits d'inscription?

Bruno Julliard, le président de l'UNEF se veut rassurant en affirmant lui que le projet de loi ne modifierait pas le système actuel de frais de scolarité nationaux. Tout en soulignant que certaines facs imposent aux étudiants « des frais complémentaires illégaux ». Le mieux serait donc, selon Alexandre Ascoet (UNI) d'«encadrer ces frais complémentaires plutôt que de fermer les yeux». Du coup, Julie Coudry, présidente de la Confédération étudiante, compte demander au ministère que chaque recteur contrôle annuellement la légalité des frais de scolarité des établissements dont il a la charge.

Des universités mieux dotées que d'autres?

Selon le projet de loi, les 85 universités de l'Hexagone accéderont à l'autonomie de leur budget, des ressources humaines et de la gestion des bâtiments, si elles le souhaitent. Ce volontariat sera encouragé par l'Etat, qui pourrait octroyer davantage de moyens à celles qui se lancent mais encourager un système à deux vitesses.

Selon Alexandre Ascoet, «ce système est déjà en vigueur. Le budget est aujourd'hui alloué en fonction du nombre d'étudiants. Or, ce sont les universités les plus cotées qui en accueillent le plus. Ce système pousse même à la course à l'inscription.» D'après lui, «l'autonomie budgétaire permettra à l'université de mieux répondre à ses besoins propres, liés au tissu économique local et non pas fixés selon un barème national. Les moyens seront débloqués plus vite, ce sera plus souple.»

Bruno Julliard s'inquiète sur les inégalités que pourraient engendrer ce système « la majorité des facs n'auront pas les moyens d'accéder à l'autonomie et se trouveront en rivalité avec une poignée d'universités d'élite».

Un point de vue que partage Julie Coudry qui souhaite que «le gouvernement laisse cinq ans aux universités pour basculer dans le nouveau système ».

Des étudiants moins représentés?

Le projet de loi prévoit que le conseil d'administration se réduise à 20 membres contre une soixantaine aujourd'hui. Du coup, de 15, les syndicats étudiants passeraient à 3 représentants.

Une éventualité que refuse Bruno Julliard qui y voit une « marginalisation des étudiants».

L'UNI, qui considère que cette mesure est une bonne chose dans la mesure où elle accentuera l'efficacité du Conseil d'administration, réclame en contrepartie davantage d‚étudiants dans le conseil universitaire, qui compte également une soixantaine de membres. «Le CEVU oeuvre vraiment pour la vie étudiante. Il serait donc logique qu'ils soient mieux représentés.»

Jean-Robert Pitte, président de La Sorbonne Paris-IV, estime quant à lui que «les syndicats ne représentent qu'une minorité d'étudiants, ils sont une cabine téléphonique, pas plus!»

Une université plus difficile d'accès?

Il est question de «trier» les étudiants dès le master 1 et non plus seulement au master 2 (ex-DESS). Cette mesure vise à uniformiser les diplômes au niveau européen et rendre les masters français aussi compétitifs que les autres.

Elle permettrait également, selon l'UNI, de mieux orienter les étudiants et d'éviter qu'ils perdent leur temps à faire une année qui n'a pas valeur de diplôme.
Bruno Julliard voit un danger dans cette sélection précoce des étudiants qui aboutirait à «réduire le nombre d'inscrits en master alors que les universités et le marché de l'emploi ont besoin au contraire de davantage de mastériens».

Les filières professionnelles privilégiées?

On se souvient de la déclaration de Nicolas Sarkozy à «20 Minutes» en avril dernier, alors qu'il était encore candidat : «Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne.» Le projet d'ouvrir le conseil d'administration à sept personnalités extérieures, comme des chefs d'entreprise, ne favorisera-t-il pas justement les filières professionnelles, au détriment des sciences humaines et de la recherche ?

Selon Alexandre Ascoet, «il est temps de rationaliser les diplômes avec le marché du travail, quitte à investir moins dans des filières sans débouchés, comme la psycho ou staps.»