Drogue au volant, la police va nous en faire baver

SECURITE Après la lutte contre l’alcool au volant, le gouvernement s’attaque aux stupéfiants…

Carole Filippi

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Le cannabis tue 230 personnes par an sur les routes. C’est ce qu’affirme une étude de la Sécurité routière. En comparaison, le nombre annuel de victimes imputable à l’alcool serait de l’ordre de 2.270 tués.

Depuis 2002, la prévention routière est une priorité de l’Etat. Après la lutte contre l’alcool au volant et les excès de vitesse, le gouvernement s’attaque donc maintenant aux stupéfiants, qui représentent 1,2% des délits répertoriés en 2006.

Aujourd’hui, les services de police ont recours aux tests urinaires, qui nécessitent la présence d’un médecin et d’un camion médicalisé. Un procédé compliqué qui empêche le contrôle de masse. Pour y remédier, le ministère de l’Intérieur a déclaré vouloir «doter les services de police et de gendarmerie d'un système simple, rapide et fiable de dépistage»: les kits salivaires.

Du 15 juin au 15 septembre, trois modèles vont être testés sur l’ensemble du territoire. «L'expérimentation a notamment pour objectif de vérifier l'efficacité et la fiabilité des modèles de kits salivaires proposés par les fabricants et de sensibiliser le public», précise l’Intérieur.

«Un conducteur auteur d’une infraction est interpellé puis soumis à un test urinaire. Si ce test est positif, il est proposé au conducteur de se soumettre à un test salivaire expérimental», explique un communiqué du Service d'information et de communication de la police nationale (SICOP).

La durée de vie des psychotropes


L’autre intérêt de la salive, c’est la durée de vie des psychotropes. Une substance, quelle qu’elle soit, se dégrade dans l’organisme et y laisse des traces qui disparaîtront d’abord de la salive, puis du sang, puis des urines et enfin des cheveux.

Avec les tests urinaires, il n’est pas possible de savoir quand la personne contrôlée a consommé du cannabis pour la dernière fois. Un consommateur quotidien peut avoir des traces de THC dans ses urines jusqu’à deux mois après sa dernière consommation.

Dans la salive en revanche, les traces de stupéfiants ont une durée de vie de dix heures maximum, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Or, le service Drogue Info Service indique que, «les effets sur les comportements durent de 2 à 4 heures. Lorsque le cannabis est ingéré, les effets n’apparaissent qu’après digestion (1 à 2 heures) et ont une durée un peu plus longue (4 à 6 heures)». Un conducteur contrôlé positif au test salivaire a donc de grandes chances d’être encore sous les effets du psychotrope.

Reste que ce kit réagit mal au cannabis. Jocelyne Arditti est médecin au centre anti-poison de Marseille. Elle explique que jusqu’à présent, «les kits salivaires ne réagissent pas correctement au cannabis, contrairement aux autres drogues». L’expérimentation révèlera si l’un des modèles étudiés pourra être utilisé par les services de police. Le cas échéant, ce nouveau dispositif pourrait entrer en vigueur dès la rentrée.