Alain Juppé, ministre sacrifié?

A.S (avec M.G)

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La défaite d'Alain Juppé aux législatives et sa démission du gouvernement - qui lui laissent pour seul mandat celui de maire de Bordeaux - brisent l'élan de l'éphémère ministre de l'Ecologie dans sa tentative de reconquête de responsabilités nationales, après son "exil" au Canada.
La défaite d'Alain Juppé aux législatives et sa démission du gouvernement - qui lui laissent pour seul mandat celui de maire de Bordeaux - brisent l'élan de l'éphémère ministre de l'Ecologie dans sa tentative de reconquête de responsabilités nationales, après son "exil" au Canada. — Jean-Pierre Muller AFP

Alain Juppé, ministre du Développement durable, pas assez durable. Son départ, conforme à la règle édictée par François Fillon selon laquelle un ministre battu doit démissionner, en laisse quelques-uns amers. Si Valérie Pécresse, en charge de l’Education, indique que «ça va être très difficile de trouver quelqu’un qui ait la même envergure» pour un ministère taillé sur mesure, Eric Woerth, ministre des Comptes et ami du maire de Bordeaux, parle carrément d’«injustice». Et lui demande «de ne pas prendre de décision trop rapidement, parce qu'il a encore beaucoup de choses à faire et à dire au pays».

«Si la jurisprudence Fillon pouvait ne pas s'appliquer, moi, je ne vois pas pourquoi le président de la République et le Premier ministre se passeraient d'un homme d'Etat de cette trempe», a glissé, sous forme de ballon d’essai, Hugues Martin, premier adjoint au maire de Bordeaux.

Une règle édictée sur mesure ?

Mais les chances que l’ancien Premier ministre soit repêché dans le nouveau gouvernement restent faibles. D’ailleurs, François Fillon, qui a rencontré Alain Juppé lundi après-midi à Matignon, s’est contenté de «lui faire part de son respect et de son amitié».

C’est que les relations entre l’ancien chiraquien et l’ancien balladurien ne sont pas forcément les meilleures. D’autant que François Fillon ne pouvait ignorer qu’Alain Juppé était le plus exposé dans une circonscription qui avait voté majoritairement pour Ségolène Royal au second tour de la présidentielle. Onze des vingt membres de son gouvernement étaient en effet candidats aux législatives et ont été élus. Tous sauf un, Alain Juppé.

De là à dire que la règle de la démission a été établie contre Alain Juppé, il n’y a qu’un pas qu’Hervé Mariton, l’un des rares députés UMP non-sarkozystes, ne franchit pas. «Ce principe me peine mais il n’est pas nouveau, il a ses raisons et une certaine cohérence», confie-t-il à 20 Minutes.

A Bordeaux, l’opposition de gauche prend moins de pincettes. Ainsi Pierre Hurmic, chef de file des Verts au conseil municipal, estime que «cette règle a été instaurée car il était le plus menacé d’entre tous». «C’est dommage, car il est l’un des rares dans le gouvernement à avoir l’envergure d’un homme d’Etat», ajoute celui pour qui la défaite d’Alain Juppé «arrange bien Sarkozy». Et de conclure : «le président de la République s’est débarrassé d’un allié embarrassant».