Alain Juppé, retour à la case échecs

Alexandre Sulzer avec Marion Guillot à Bordeaux

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AFPTV
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C’était en octobre dernier. Après de longs mois de traversée de désert québécois, Alain Juppé faisait son retour à la vie politique française. Coup sur coup, il reprenait la mairie de Bordeaux avant de devenir, quelques mois plus tard, le super ministre d’Etat en charge de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables du gouvernement Sarkozy.

Mas la success-story annoncée semble s’être enrayée bien plus vite que prévu. Battu, humilié sur ses terres girondines, il a annoncé dès dimanche soir qu’il démissionnerait du gouvernement, conformément à l’engagement qu’avaient pris les ministres en cas de défaite aux législatives.

«Si je pouvais crever, vous seriez contents»


Retardée de ce matin à cet après-midi, l’annonce de sa démission devrait donc intervenir au cours de la journée. Autant dire que l’ambiance était morose lundi matin alors que le maire de Bordeaux inaugurait l’exposition de vin Vinexpo. Visiblement meurtri, il a lancé aux journalistes présents : «Ce que vous voulez, c'est que j'aille très très mal, c'est cela qui vous exciterait. On sent une délectation amusante. Si je pouvais crever, vous seriez contents.»

Une démission du gouvernement que certains critiquent

Solidaire, le ministre du Budget, Alain Woerth, a demandé lundi à Alain Juppé de «ne pas prendre de décision trop rapidement». «Il a été réélu à la mairie de Bordeaux il n'y a pas si longtemps, il n'y a pas d'hostilité vis-à-vis d'Alain Juppé. Il y a une conjonction qui fait que 600 voix lui manquent», a-t-il fait valoir. Il est vrai que le gouvernement aura fort à faire pour trouver un remplaçant au numéro deux du gouvernement dont le super-ministère avait été taillé sur mesure.

«Pas d’hostilité»

Même son de cloche chez sa tombeuse socialiste, Michèle Delaunay, qui a déclaré qu’Alain Juppé «ne doit pas confondre les scrutins. Il faut savoir perdre comme il faut savoir gagner, et cela pour moi ne remet pas en question son poste ministériel». Estimant que «le scrutin républicain n'est pas là pour oindre le front des élus comme on le faisait des rois à Reims autrefois», elle a également déclaré que «le fait d'avoir été battu en tant que député n'impliquait pas qu'il quitte son mandat de maire».

Après le gouvernement, adieu la mairie ?


Car la question est posée. Alain Juppé va-t-il aussi démissionner de la mairie de Bordeaux ? Dimanche soir, il laissait planer le doute : «S'agissant de mon mandat municipal, je réunirai dans les prochains jours mon équipe municipale et nous déciderons ensemble de ce qu'il convient de faire.» Dans la capitale girondine, le scénario ne semble pas convaincre.

Elisabeth Vigné, élue UMP à la mairie, explique ainsi à 20 Minutes qu’il n’est «pas question qu’il quitte la mairie». «Il faut laisser passer cette journée difficile et ensuite, nous nous réunirons pour en discuter avec lui. On va lui dire qu’on a besoin de lui».

Pierre Hurmic, chef de l’opposition verte, au conseil municipal, ne pense pas non plus qu’Alain Juppé n’ait pas d’avenir localement : «Il reste populaire dans sa ville. Sa défaite d’hier s’explique plutôt par un contexte national. Elle arrange bien Sarkozy, à mon avis, car Juppé était le seul à pouvoir lui faire de l’ombre. La défaite est sévère mais il a été élu maire il n’y a pas longtemps et rien ne lui impose objectivement de démissionner». Et de conclure : «Je comprendrais qu’il reste.»

«Il n’aura pas envie de se représenter aux municipales l’année prochaine»

Denis Teisseire, fondateur de l’association Trans’cub qui a combattu le retour de l’ex-Premier ministre, se montre plus sévère : «La greffe Juppé n’a pas pris à Bordeaux depuis qu’il a tenté son come-back. Et aujourd’hui, nous assistons au rejet de la greffe.» Mais lui aussi s’accorde à trouver «incohérente» une éventuelle démission de Juppé aussi peu de temps après son élection. «Il est possible en revanche qu’il n’ait pas envie de se représenter. Les risques de perdre sont désormais trop importants».