«Ce n’est pas la faute de Total»

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D'un côté des secours mal informés qui croient l'Erika voguant tranquillement vers le Sud, de l'autre un capitaine qui annonce fissures et fuites de pétrole en mer à son opérateur : le tribunal correctionnel de Paris a retracé mercredi six heures d'un dialogue de sourds qui a conduit le pétrolier à sa perte.
D'un côté des secours mal informés qui croient l'Erika voguant tranquillement vers le Sud, de l'autre un capitaine qui annonce fissures et fuites de pétrole en mer à son opérateur : le tribunal correctionnel de Paris a retracé mercredi six heures d'un dialogue de sourds qui a conduit le pétrolier à sa perte. — HO AFP/Archives

Comme il n'est pas habilité à contrôler les navires qu'il utilise, Total ne peut se voir reprocher le mauvais état de l'Erika et son naufrage le 12 décembre 1999 : c'est la thèse qu'ont développée mercredi les avocats du groupe pétrolier pour demander sa relaxe.

Demi-douzaine d’avocats


Au procès ouvert en février devant le tribunal correctionnel de Paris, quatre des 15 prévenus représentent Total, trois personnes morales - Total SA et deux filiales - et Bertrand Thouillin, directeur juridique et seule personne physique du groupe à faire l'objet de poursuites.

Une demi-douzaine d'avocats a demandé que tous soient mis hors de cause mercredi, deux jours après que le ministère public eut requis l'amende maximale de 375.000 euros contre Total SA pour pollution maritime «par imprudence et négligence», ne demandant une relaxe intégrale que pour Bertrand Thouillin.

Selon son avocat Aurélien Boulanger, Bertrand Thouillin n'a eu «aucun rôle opérationnel, aucun rôle commercial» dans le parcours de l'Erika, bateau dont il n'«a appris l'existence (que) le 11 décembre à 20h30» via un message d'alerte du capitaine Karun Mathur relayé par un responsable de la cellule de crise de Total. Le lendemain, le 12 décembre vers 8h10, le navire se brisera en deux, provoquant une immense marée noire souillant 400 km de côtes françaises.

«Diabolisation de Total»

Le bateau âgé de près de 25 ans était très corrodé, mais cela ne l'avait pas empêché d'être affrété peu auparavant par de multiples compagnies, dont Exxon, Texaco ou Repsol. Un argument dont Total a usé pour réfuter la moindre négligence. «Total n'est pas un organisme habilité au contrôle des navires (..) Il faut pouvoir faire la différence entre la corrosion et la simple rouille, c'est le travail des ingénieurs», pas celui des firmes pétrolières, a lancé Emmanuel Fontaine, un des avocats de Total SA.

Daniel Soulez-Larivière, dernier à plaider pour Total, a évoqué la thèse de la «diabolisation» du géant pétrolier aux «deep pockets» (poches profondes). «Dans tout grand sinistre qui suscite l'émotion du public, il faut trouver un diable (...) c'est Total», a dit l'avocat. Il a réaffirmé un des principaux axes de défense du groupe, selon lequel l'Erika était affecté d'un «vice caché» et que rien ne pouvait être fait pour sauver le navire après son départ de Dunkerque le 8 décembre au soir.

Jugement rendu dans plusieurs mois

Lundi, outre celle de Bertrand Thouillin, le parquet a requis sept autre relaxes, toutes pour des personnes physiques. Il a notamment demandé la relaxe des quatre membres des secours à terre auxquels on ne peut reprocher d'avoir été passifs. Les plaidoiries de la défense se poursuivront lundi après-midi, avec les avocats de Karun Mathur. Le procès doit s'achever mercredi prochain mais le jugement du tribunal ne sera pas rendu avant plusieurs mois.