Une passation de pouvoir en deux temps

RECIT Comment s'est déroulée la première journée du président Nicolas Sarkozy...

Alexandre Sulzer

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Une page de la Vè République s'est tournée mercredi avec le départ de l'Elysée de Jacques Chirac au bout de douze ans de mandat, et la prise de fonctions de son héritier rebelle Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai à la tête de l'Etat.
Une page de la Vè République s'est tournée mercredi avec le départ de l'Elysée de Jacques Chirac au bout de douze ans de mandat, et la prise de fonctions de son héritier rebelle Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai à la tête de l'Etat. — Thomas Coex AFP

Glamour lorsque Cécilia Sarkozy arrive dans la cour de l’Elysée, en robe «Prada» de satin ivoire avec ses filles et son fils Louis, 10 ans. La famille présidentielle, qui pose devant les photographes sur le tapis rouge, affiche indéniablement, dès ses premières heures dans le palais présidentiel, un air de Kennedy ou de Festival de Cannes. Et donne le «la» de ce à quoi pourrait ressembler le nouveau look des locataires quinquagénaires.

Lorsque Nicolas Sarkozy arrive rue du Faubourg Saint-Honoré (en Renault), à 10h57, il est accueilli par un Jacques Chirac souriant. Après trente-cinq minutes de tête à tête, au cours desquels le code du feu nucléaire est transmis au nouveau Président, les deux hommes, dont les relations n’ont pas toujours été faciles, ressortent. Nicolas Sarkozy serre la main de l’ancien chef de l’Etat, lui touche le bras. Jacques Chirac salue le personnel de l’Elysée qui l’a servi pendant douze ans, il est vivement acclamé. Et s’engouffre dans sa voiture. Son successeur l’applaudit alors qu’il quitte définitivement le palais de l’Elysée. Chirac agite sa main en direction de la foule dans la rue mais ne quitte pas sa voiture qui l’emmène dans son nouvel appartement du quai Voltaire. Sa sortie est finalement à l’image de son allocution télévisée de la veille : sobre.

Un discours de candidat pour le changement

Le nouveau Président s’adresse, lui, aux nombreuses personnalités qui l’attendent salle des ambassadeurs. Il enfile durant les neuf minutes de son premier discours présidentiel son costume de candidat de l’UMP. «Je pense à la France» sont les premiers mots de celui qui estime que «jamais l'immobilisme n'a été aussi dangereux pour la France». Il décline ensuite les douze exigences qu’il va s’imposer durant son quinquennat : «rassembler les Français», «respecter la parole donnée», «tenir les engagements», «exigence morale», «réhabiliter les valeurs du travail, de l'effort, du mérite, du respect», «exigence de tolérance et d'ouverture», «exigence de changement», «exigence de sécurité et de protection», «exigence d'ordre et d'autorité», «exigence de résultat», «exigence de justice», «exigence de rompre avec les comportements du passé». Il parle «partenariat Méditerranée», «respect des droits de l’homme», «lutte contre le réchauffement climatique» et «développement de l’Afrique» comme aux plus belles heures de sa campagne et dit vouloir rassembler au-delà de sa famille politique d’origine.

Après le discours, Nicolas Sarkozy échange un baiser avec son épouse alors que l’orchestre de la Garde républicaine joue un morceau du compositeur Isaac Albeniz, arrière-grand-père de Cécilia Sarkozy. Fin du premier acte.

La remontée sur les Champs-Elysées et l’hommage aux résistants


L’après-midi est marquée du sceau de la solennité. Nicolas Sarkozy, qui remonte les Champs-Elysées à bord d’une Peugeot décapotable, va faire succéder au pas de course dépôts de gerbe et Marseillaises. Devant la Tombe du Soldat inconnu, devant la statue de Clémenceau, de celle de De Gaulle en compagnie du fils du général, Philippe. A la cascade du bois de Boulogne, enfin, où il rend un hommage ému à trente-cinq jeunes résistants, fusillés par les nazis quelques jours avant la libération de Paris en août 1944. Un moment d’émotion au cours duquel Nicolas Sarkozy, laisse paraître son émotion et couler une larme. Il annonce qu’il fera lire chaque année la lettre du communiste Guy Môquet, écrite la veille de son exécution, dans toutes les classes de France. Une décision saluée par Marie-George Buffet.

S’il s’offre quelques bains de foule rapides, Nicolas Sarkozy privilégie au cours de sa première sortie présidentielle le respect du protocole et l’hommage grave aux valeurs de la République. Avant de s’envoler dans la foulée vers Berlin célébrer l’amitié franco-allemande.